THE DENDROBATE DOCTOR

 Bienvenue à tous sur l'Echo des Labos, édition spéciale hantavirus


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 je suis le Dendrobate Doctor et nous sommes ensemble pour faire l'état de la recherche sur ce qui est, peut-être, ou pas, le successeur de l'épidémie de Covid-19.




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C’EST QUOI CE TRUC ENCORE ?

  


Les hantavirus, comme les coronavirus, sont en réalité une famille entière de virus. Son nom vient de la rivière Hantan en Corée, où une épidémie a pu pour la première fois être attribuée à cette famille, pendant la guerre de Corée (on parle des années 50, pour ceux qui ont été au rattrapage en histoire-géo). Bien entendu, ce n’est pas pour autant que la famille n’existait pas avant, et les historiens la suspectent d’être à l’origine des épidémies d’un mal appelé « suette », aujourd’hui disparu.

Plus précisément, au sein de cette famille, le genre qui fait trembler le monde et vendre du papier aujourd’hui (cette expression fait-elle encore sens dans un monde où on lit la presse en ligne ?), c’est celui des orthohantivirus (mais que tout le monde appelle hantavirus pour des raisons historiques). Les virus de ce genre sont globalement séparés en 4 groupes : le virus de Hantan en Asie, le virus de Puumala en Europe (principalement en Scandinavie), les virus du SPH (on va y revenir) dans les deux Amériques et le virus de Séoul partout dans le monde. Il y en a d’autres (beaucoup d’autres…) mais les plus fréquents et les chefs de ponts des principaux sous-genres sont ceux-là.

Différentes espèces de rongeurs à différents endroits du monde sont les hôtes naturels de ce virus, et les contaminations humaines sont rares. En général, elles concernent des personnes ayant été au contact rapproché des rongeurs (morsures, griffures) mais aussi par simple inhalation des poussières d’excréments (ah oui, j’oubliais, ne pas manger en lisant cette chronique au fait), en particulier dans des chambres ou des logements insalubres.


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EST-CE QUE C’EST DANGEREUX ?

  


On va être honnête : plutôt

Pas tant à l’échelle des populations (très peu de cas recensés sur les dernières décennies, pas de transmission interhumaine) que pour l’individu qui le contracte.

En effet, les hantavirus induisent trois pathologies distinctes, selon la souche contractée :

- Le virus de Puumala et apparentés (comme celui de Saaremaa, une des principales îles estoniennes et endroit à randonnées magnifiques à part ça) ainsi que celui de Séoul donnent généralement des formes bénignes de la FHSR (on y revient juste après), entendez par « bénigne » que les gens ne vont pas mourir, mais ils peuvent mettre des semaines voire des mois à s’en remettre.

- Le virus de Hantan et apparentés (comme celui de Dobrava, oui je vous ai prévenu, il y en a plein) induisent quant à eux cette même FHSR, pour Fièvre Hémorragique avec Syndrome Rénal. Et déjà rien qu’au nom, vous savez que ça pue. Une à deux semaines après l’exposition (mais on a recensé des cas jusqu’à 8 semaines), les patients entrent en phase fébrile : ils ont de la fièvre, des diarrhées, des nausées, des difficultés respiratoires, et à ce stade, ça peut passer pour la grippe. Au bout de 3 à 7 jours de ce bazar, le nombre de plaquettes dans le sang chute et les patients entrent dans la phase hypotensive, avec tachycardie et hypoxémie (la chute de la concentration en oxygène du sang), qui est celle qui conduit généralement en consultation voire en hospitalisation et qui dure en général 48h. Le risque principal est que l’hypotension soit si brutale que le cœur lâche, ou que le nombre de plaquettes dans le sang soit si bas que des saignements spontanés apparaissent un peu partout, en particulier dans le cerveau. Arrive alors la phase oligurique, marquée par une hausse massive des protéines en circulation dans les urines car les reins cessent de fonctionner. Si le patient n’a pas été hospitalisé avant, il doit l’être maintenant pour pouvoir être placé sous dialyse (une machine qui filtre le sang à la place des reins), faute de quoi la mort peut survenir de manière extrêmement rapide. Cette phase dure 3 à 7 jours et est suivie par la phase diurétique, qui elle varie de quelques jours à plusieurs semaines. Pendant cette phase, le système rénal défaillant du patient va lui faire expulser par les urines 3 à 6 litres de liquide par jour, et un soutien médical de tous les instants est nécessaire pour lui permettre de passer le cap. Parfois, ce cap ne viendra jamais : avec les souches de Hantan et Dobrava, jusqu’à 15% des patients meurent et, parmi les survivants, un nombre difficile à évaluer mais attesté ne récupèrera jamais sa fonction rénale.

- Les virus des Amériques, enfin, sont à l’origine du SPH pour Syndrome Pulmonaire à Hantavirus. C’est moins démonstratif comme nom mais pas moins relou. La durée d’incubation est identique au cas précédent, à ceci près que les incubations jusqu’à 8 semaines sont plus fréquentes. La première phase est également identique, mais plus courte, en moyenne 1 à 5 jours. Mais très vite après, les patients entrent dans la phase cardiopulmonaire. Celle-ci dure plusieurs jours, pendant lesquels les patients présentent de l’arythmie, de la tachycardie et peuvent entrer en état de choc cardiogénique (une fatigue du cœur qui devient incapable de pomper assez de sang pour alimenter l’organisme). Comme pour le syndrome précédent, une brutale chute des plaquettes entraine des fuites spontanées au niveau des artères pulmonaires, qui elles-mêmes conduisent à des épanchements pleuraux (du liquide s’accumule entre les poumons et la cavité abdominale), des œdèmes pulmonaires (du liquide s’accumule directement dans les poumons), des insuffisances respiratoires (les poumons n’arrivent plus à capter assez d’oxygène pour alimenter l’organisme) et des états de chocs hypovolémiques (il n’y a plus assez de sang en circulation pour soutenir les organes). Toutes ces conditions sont des urgences vitales, et c’est sans surprise que les virus de cette famille affichent des taux de létalité entre 30% et 60%.

Donc, oui, c’est un peu dangereux.


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POURQUOI ON EN FAIT TOUT UN FOIN EN CE MOMENT ?

  

  

Parce qu’on a 6 cas sur un bateau de croisière au milieu de nulle part, dont trois sont déjà morts et les autres se battent pour leur vie dans les hôpitaux d’Afrique du Sud, des Pays-Bas et de Suisse. Donc, vu le taux de létalité et les symptômes, on est sur une saloperie de la dernière catégorie, la plus dangereuse. Et surtout, avec 6 cas dans le même environnement, qui n’étaient pas tous apparentés avant (il y avait un couple, et les autres patients ne se connaissaient pas), et qui ne sont pas tombés malades en même temps (le couple est tombé malade à quelques jours d’intervalle, mort à quelques jours l’un de l’autre, et les autres patients ont présenté des symptômes après) on est obligés de conclure à une transmission interhumaine.


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COMMENT CA « TRANSMISSION INTERHUMAINE » ?

  

  

Est-ce que j’ai dit que cette famille de virus n’a pas de transmission interhumaine plus haut ? Oui, je l’ai dit. Et tout le monde l’a dit. Et c’est pour ça que c’est un peu le branle-bas de combat général à l’OMS, l’Institut Pasteur, et partout où il y a des cerveaux disponibles qui s’y connaissent à peu près en infectiologie. Parce que si les hantavirus commencent à se transmettre entre humains, avec des incubations de plusieurs semaines et des létalités à 2 chiffres, on est, comme on dit dans le jargon, dans la merde.


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EST-CE QU’ON VA TOUS MOURIR ?

  

  

Oui. En vrai, hormis les impôts, on n’est pas sûr de grand-chose d’autre au monde à ce point. Est-ce qu’on va tous mourir d’hantavirus en revanche, probablement pas. Et la raison pour cela est tombée ces tous derniers jours, après séquençage de l’ARN du virus présent dans les dépouilles des 3 premiers patients. La souche impliquée dans les décès, c’est le virus des Andes. C’est cohérent, vu que le couple malade en premier était en Argentine juste avant d’embarquer, mais c’est surtout rassurant quant à la possibilité que les hantavirus commencent à se transmettre entre humains. Le virus des Andes est en effet déjà identifié, et depuis longtemps, comme le seul de sa famille à pouvoir faire cela. Donc on est pas sur une nouvelle mutation d’un virus qui acquiert soudain le pouvoir de nous tomber sur la tronche comme avec le Covid, on est sur une épidémie « classique » d’un virus rare et dangereux, mais qui s’est toujours conduit comme ça.


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COMMENT CA SE SOIGNE ?

  

  

Avec difficulté. Et en vrai, il n’aura pas fallu 48h pour que je commence à voir émerger des posts parlant de l’intérêt de l’ivermectine contre les hantavirus, ce monde me fatigue.

Comme tous les virus, une fois la maladie contractée, il n’y a quasiment rien qui puisse l’arrêter. Tout ce qu’on peut faire c’est 

. 1-soutenir le corps du patient en espérant qu’il soit assez fort pour vaincre de lui-même (fluides, transfusion, dialyse, intubation… les soins « de support » ça peut quand même être énervé) 

. 2-administrer aux patients des anticorps, c’est-à-dire le produit du système immunitaire d’autres patients ayant déjà vaincu la maladie avant, pour jouer le rôle de « système immunitaire sénior ». Sauf que l’option 2, dans notre cas, on en a pas. La rareté des infections à hantavirus fait qu’on ne dispose pas de ce type de traitement. On ne peut que soutenir les patients, et espérer qu’ils s’en sortent.


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POURQUOI ON L’A PAS VU VENIR ?

  


Depuis quelques temps, il y a plusieurs projets qui se mettent en place, avec l’idée de prévenir la prochaine pandémie. Et je le sais particulièrement bien, puisque je fais partie de l’un d’entre eux, Proact EU-Response (vous pouvez aller prendre connaissance du projet là https://proact-response.eu/). L’idée, c’est qu’il y ait des leçons tirées de la dernière pandémie : comment mieux coordonner les essais cliniques, comment mieux prendre en charge les malades, comment mieux communiquer sur les mesures de prévention ou de dépistage, comment mieux lutter contre la désinformation qui, immanquablement, va surgir.

Mais tous ces projets sont jeunes et la science prend du temps. Dans notre cas, le projet a réellement démarré en mai 2025, mais il a commencé à être monté pour être accepté et financé en 2023 (trouver l’argent pour des projets monstres, c’est aussi très long). La recherche prend du temps, c’est pour ça que si on veut être prêt, il faut toujours partir tôt, même quand il n’y a rien à l’horizon. Et ça, c’est pas toujours facile à faire entendre.

Mais il y a aussi une seconde raison : clairement, les hantavirus ne faisaient pas partie de nos « favoris » en termes de pronostics (moi j’ai parié sur Ebola à court-terme et la rougeole à long-terme, vous voyez) et des virus comme Marburg, Ebola ou le virus du Nil, qui ont déjà abouti à des épidémies marquées, dans des zones de populations denses, et qui ne demandent QUE à passer la barrière de l’espèce, sont de fait plus sous surveillance que des outsiders. Et cet hantavirus, ou plutôt Orthohantavirus andesense de son nom exact, c’est complètement un outsider.


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EST-CE QU’ON EST A L’AUBE D’UNE NOUVELLE PANDEMIE ?

  


Alors oui, tous les jours, sinon je ne serai pas membre d’un projet qui vise à nous y préparer. Mais si la question est : « est-ce que orthomachin d’Argentine il va nous envoyer à nouveau en confinement ? », la réponse est : probablement pas.

Déjà parce que les cas ont relativement tous incubé en milieu clos (genre un ‘ti bateau au milieu de Quedalle-sur-Flotte) et de ce fait, les personnes les plus exposées sont de facto déjà en quarantaine et sous très étroite surveillance. 

Ensuite, parce que pour les quelques potentiels cas contact qui ne le sont pas, le virus des Andes a besoin de contacts répétés et rapprochés pour se transmettre d’humains à humains (un couple, un médecin qui soigne un malade, des gens qui participent à la même activité d’initiation à la zumba, bref vous voyez le topo), et que les gens qui ont pu être exposés 

. soit l’ignorent car ils l’ont été brièvement (et ça devrait bien se passer) 

. soit l’ont été longuement et le savent (et s’ils sont pas trop couillons, ça devrait bien se passer). 

Egalement, parce que, contrairement au Covid pour lequel les patients asymptomatiques faisaient office de cheval de Troie, personne ne peut être porteur du virus des Andes sans que cela se voit très, très fort. 

Enfin, contrairement à Sars-Cov2, on est cette fois-ci sur un virus qu’on connait (il est dangereux et c’est un emmerdeur, certes, mais on le connait), on l’a étudié, on sait comment il se comporte et on a des armes : on sait comment les patients évoluent, à quoi s’attendre comme temps d’incubation, quoi donner pour supporter l’organisme, et on a même un timide espoir avec le favipinavir, un antiviral qui empêcherait la contamination et pourrait ainsi protéger le personnel médical en charge des patients infectés.

Et puis sinon, on retournera tous faire du pain maison et coudre des masques en expliquant à nos managers que non, vraiment, vous n’avez pas besoin qu’on travaille depuis un open-space, rester dans son canap en pyjama pilou pour laisser les transports aussi vides que possibles aux gens qui ont réellement besoin d’être sur place pour leur boulot, c’est aussi un choix de société.


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En espérant avoir pu apporter un peu de lumière dans le chaos ambiant, je rends l'antenne, et on y retourne la semaine prochaine, car l'épidémie ne se termine pas forcément sur le bateau, on aurait préféré. En attendant, prenez soin de vous et des chercheurs qui bossent dur, et, aimez la science, la vraie, et ceux qui la font. Bisous.

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