Pourquoi la Seconde Guerre mondiale refait irruption au cinéma
La Bataille de Gaulle, Moulin, Notre Salut… Pourquoi la Seconde Guerre mondiale refait irruption au cinéma
Deux mois après Les Rayons et les Ombres, le Festival de Cannes projette quatre films sur la période. Un travail de mémoire qui privilégie la nuance et sonde le cœur des héros comme des collabos.
Elle ne fait vraiment pas ses 80 ans. La Seconde Guerre mondiale revient ces jours-ci à l’écran avec des blindés brillants de soleil, des petits soldats et des grands hommes. Cela faisait longtemps que le conflit n’avait été représenté avec de tels moyens. Environ 70 millions d’euros ont été déboursés pour les deux volets de La Bataille de Gaulle - titre curieux - dont les festivaliers ont découvert le premier épisode mercredi soir. Deux semaines avant le reste de l’Hexagone. Le plus illustre des Français, incarné par Simon Abkarian, a foulé le tapis rouge non loin du général Kœnig (Benoît Magimel) et du maréchal Leclerc (Niels Schneider).
Cet état-major incarne la nouvelle vague de films consacrés à la période et projetés au Festival de Cannes. Moulin, de Laszlo Nemes, y illustre le calvaire du préfet qui refusa de céder à Klaus Barbie, Notre Salut, d’Emmanuel Marre, explore la machine vichyste, et La Troisième Nuit, de Daniel Auteuil, relate le sauvetage de jeunes Juifs en 1942. Le bon, les brutes et les enfants.
On n’ose écrire « biopic » à propos d’un film sur un général qui affûtait si bien sa plume. Le long-métrage biographique du Général, donc, est loin d’être le premier. Il arrive après un De Gaulle (2020) porté par Lambert Wilson. Mais il s’agit moins, ici, d’embrasser sa haute figure que sa guerre. « Il y a plusieurs aspects inédits. Le récit précis de la France libre et la peinture de la mère des batailles, Bir Hakeim. Il a fallu attendre quatre-vingts ans pour la voir à l’écran, dans un film que les Américains, eux, auraient tourné dès 1948 ! », salue Vladimir Trouplin, conservateur du musée de l’Ordre de la Libération. Ce qui n’empêche pas l’historien de pointer les erreurs, dont un discours remanié. Celui du 18 Juin…
Ambition pédagogique
« Je m’inspire de choses bien réelles mais je m’octroie une grande liberté », justifiait Antonin Baudry récemment dans l’émission « Quotidien ». Cet ex-diplomate et scénariste de BD (Quai d’Orsay) n’a pas froid aux yeux. Son blockbuster gaulliste ne constitue que sa seconde réalisation. Il souhaitait donner chair à une silhouette qui incarne notre Ve République, mais se révèle moins familière à la jeunesse. « Depuis les années 1990, le septième art est travaillé par une vision patrimoniale, la question d’un héritage à transmettre », observe Sylvie Lindeperg, historienne spécialiste des représentations au cinéma de la Seconde Guerre mondiale.
L’ambition pédagogique n’empêche pas Antonin Baudry de faire descendre le héros de son piédestal. Son de Gaulle arrivant à Londres en 1940, c’est Don Quichotte habillé en soldat inconnu. Il nous montre les raideurs et la grandiloquence pour mieux nous faire sentir le brio. Cette tendance à la nuance et à l’humanisation se vérifie dans les autres films consacrés à la période, malgré des narrations et esthétiques divergentes. Les héros, comme les salauds, seraient plus complexes qu’ils n’y paraissent. Il serait temps de ranger les récits en noir et blanc.
« Je dirais qu’il y avait à l’époque beaucoup de teintes de gris », abonde Emmanuel Marre, auteur de Notre salut, qui concourt pour la palme d’or. Ce long-métrage, au cinéma le 30 septembre prochain, met en scène un fonctionnaire pris dans la machine vichyste. Swann Arlaud campe cet antihéros très discret. « Je me suis toujours demandé qui étaient les inconnus sur les photos officielles », explique le réalisateur. Le projet est né à la lecture, il y a une dizaine d’années, de la correspondance de ses arrière-grands-parents. Son aïeul, Henri Marre, s’était fourvoyé à Vichy. De cette découverte, il n’a pas fait une maladie, mais le point de départ d’une réflexion. « J’ai eu envie de secouer cette mémoire fantôme », résume le cinéaste, pour qui « un régime autoritaire s’appuie sur nos névroses intimes ».
Le cinéma porte sa part de responsabilité dans le mythe de la France unanimement résistante. Avec, dès 1946, les saboteurs au visage maculé de charbon de La Bataille du rail, réalisé par René Clément. « Le grand écran façonne alors l’imaginaire collectif pour favoriser la cohésion et légitimer le pouvoir », rembobine Sylvie Lindeperg. Le totem se fissure sous la IVe République, mais il faut attendre une vingtaine d’années pour que les projecteurs se braquent sur la collaboration. Avec Le Chagrin et La Pitié (1969) et Lacombe Lucien (1974), la France se regarde dans la glace, et n’apprécie pas ce qu’elle voit. Ensuite ? « Ce chapitre a surtout été traité par des téléfilms », relève Emmanuel Marre. Depuis les années 2000, le service public a brossé le portrait de Pierre Laval, Paul Touvier ou René Bousquet.
Résistance et Collaboration
La collaboration revient désormais en première ligne. Xavier Giannoli a sauté à pieds joints dans ces années noires, en mars dernier, avec Les Rayons et les Ombres. Non sans controverse. Des historiens ont applaudi sa mise en lumière d’une collaboration du lucre et du luxe dans le Paris de l’occupation. D’autres ont noté des déformations factuelles. Jean Luchaire, le patron de presse vendu à Vichy, finirait par apparaître de manière trop sympathique. Emmanuel Marre n’a pas eu le temps de voir le film de son confrère, mais sait l’exercice délicat : « L’enjeu de l’identification au personnage principal est une question que je n’ai pas encore résolue. »
Les cinéastes observent la guerre avec les lunettes ou les réflexes de notre époque. La preuve avec Moulin du Hongrois Laszlo Nemes. Ce long-métrage, qui brigue la palme, dépeint de manière très intime les derniers jours du président du Conseil national de la Résistance, prisonnier de la perversité de Klaus Barbie. Le scénariste, Olivier Demangel, revendique en conférence de presse cet angle nouveau : « Le cinéma n’a pas vraiment proposé de vivre de l’intérieur l’expérience d’un résistant. Comment parvient-on à ne pas parler ? Quelle place occupe le doute ? » L’idée de cette biographie, qui sortira en salle le 28 octobre, revient à Alain Goldman, producteur de La Rafle et de J’accuse, qui souhaitait un cénotaphe à la hauteur du personnage.
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La Troisième Nuit, dernier film cannois consacré aux années troubles, partage cette ambition mémorielle. La sixième réalisation de Daniel Auteuil, présentée dans la section Cannes Première, met en scène l’histoire des 108 survivants du camp de Vénissieux. La plus grande opération de sauvetage d’enfants juifs en France, survenue en août 1942. L’historienne qui a exhumé ce chapitre, Valérie Portheret, a vu trente ans de travail prendre chair. « Les survivants tiennent leur plus belle revanche sur le sort funeste qui les attendait », estime-t-elle. Alors que les témoins disparaissent, le cinéma retrouvera une fonction patrimoniale de premier plan.
Le grand écran pénètre à nouveau la nuit et le brouillard de la guerre. Pour y voir plus clair, aujourd’hui ? Emmanuel Marre opine et alerte sur notre « démocratie aux piliers fragilisés », quand Antonin Baudry salue la « chevalerie moderne » de la France libre qui a su renverser l’adversité. « Alors que nous vivons une période dangereuse sur le plan international, peut-être a-t-on à cœur d’étudier les épisodes héroïques de notre passé », avance le conservateur Vladimir Trouplin. Le tragique serait de retour dans l’histoire, et la Seconde Guerre mondiale, au cinéma. L’intérêt des spectateurs, en tout cas, ne se dément pas. Si l’on se fie aux 900 000 entrées des Rayons et les Ombres, d’une durée de trois heures et quart, la fresque gaulliste pourrait offrir un été victorieux au cinéma français.
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Ben Sira
le
Et bientôt un autre regard à porter au cinéma de Cannes : les français et le Vel d’Hiv ?
Car la résistance et la collaboration ne sont pas tout.
J’habite le Cantal, et alors
le
Cela me semble évident. La France a besoin de retrouver des repères que la gauche et l’extrême gauche s’évertue à vouloir effacer. La 2nde guerre mondiale est tristement une période de victoire de réussite de renaissance, où l’héroïsme et la fierté d’être Français était à son paroxysme. Les Français en 2026 on besoin de retrouver ces heures perdues
Profil974
le
Ça ressemble à une nostalgie d’un temps ancien où la France avait pu se reconstruire grâce ces héros de la 2eme guerre mondiale sans oublier les temps de la résistance ou de la collaboration et donc du combat du bien et du mal