Mort de Quentin : l'ultra gauche en accusation, LFI sous pression
Quentin Deranque, militant identitaire de 23 ans, est mort samedi soir à Lyon après avoir été passé à tabac jeudi dernier, en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Science Po. Une enquête criminelle a été ouverte pour « homicide volontaire » a annoncé le procureur de la République ce lundi lors d’une conférence de presse. « Au moment où je vous parle, il n’y a pas eu interpellation. À ce stade, l’enquête cherche à identifier l’ensemble des auteurs directs des faits criminels en se basant non pas sur des rumeurs, mais sur des éléments recueillis lors des investigations de police. Puis les interpellations seront effectuées » a -t-il ajouté alors que ce drame provoque le choc et enflamme la classe politique.
Dimanche, le ministre de l’Intérieur avait estimé au 20 heures de France 2 que « manifestement, l’ultragauche » était « à la manœuvre ». Laurent Nunez avait également pointé du doigt la possible implication du groupe antifasciste La Jeune Garde. « L’enquête permettra de confirmer ou non s’il s’agissait de militants de la Jeune Garde. Mais les témoignages vont manifestement en ce sens », avait-il ajouté.
Selon le collectif identitaire Némésis, proche de l’extrême droite, Quentin Deranque aurait été agressé jeudi soir par des militants antifascistes, alors qu’il faisait partie du service d’ordre chargé d’assurer la sécurité de ses militantes qui manifestaient contre une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Il avait été pris en charge en début de soirée par les secours et placé dans le coma, avec un pronostic vital engagé. Il est décédé samedi.
Depuis, la droite et l’extrême droite ont accusé l’ultragauche d’en être responsable.
Le Rassemblement national parle de milices d’extrême gauche et réclame leur qualification de terroristes. Dans la foulée, des locaux de campagne LFI ont été vandalisés à Metz et à Lille.
Le président Emmanuel Macron, après avoir lancé samedi un appel « au calme, à la retenue et au respect », a souhaité que soient condamnés « les auteurs de cette ignominie ». Il a également dénoncé dimanche les « expressions antisémites » d’un parti, selon lui « à l’extrême gauche ».
« Tous les récits qui ont été faits dans les heures qui ont suivi n’ont aucun rapport avec la réalité », a déclaré depuis Montpellier le leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, qui a également exprimé la « sidération », l’« empathie » et la « compassion » des Insoumis après l’agression du jeune homme. Le député LFI Raphaël Arnault, cofondateur du groupe antifasciste La Jeune Garde, a exprimé samedi « horreur et dégoût » après l’annonce de la mort de l’étudiant, et a dit sur X souhaiter que « toute la lumière soit faite ». Son collaborateur parlementaire, mis en cause par le collectif identitaire Némésis, « dément formellement être responsable de ce drame » et « se retire de ses fonctions » de collaborateur « durant le temps de l’enquête », a déclaré son avocat dans un communiqué.
La présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, a annoncé sur X ce lundi avoir décidé, « à titre conservatoire et sans préjudice des suites de l’enquête judiciaire, de suspendre ses droits d’accès à l’enceinte de l’Assemblée nationale, afin de prévenir les troubles à l’ordre public que sa présence est susceptible de susciter ». Début février, dans une interview accordée à nos journalistes à retrouver dans l'émission du jour, la président de l’Assemblée nationale a appelé à tirer des leçons des débats autour du budget et à changer les règles avant l’été.
. Alors, que s’est-il passé jeudi dernier à Lyon ?
. Où en est l’enquête sur la mort de Quentin Deranque ?
. Qu’est-ce que La Jeune Garde, le groupe antifasciste pointé du doigt ?
. La spirale de la violence est-elle enclenchée ?
Nous en parlerons ce soir dans #cdanslair à partir de 17h45 sur France 5. Posez-nous dès maintenant toutes vos questions en commentaire ou sur notre site : http://bit.ly/EmissionCdanslair.
Durant la Seconde Guerre mondiale, il y a ceux qui ont caché des Juifs, ceux qui ont planqué des collabos et… ceux qui ont protégé les deux, comme l’Église catholique. Voilà toute la complexité du sujet sensible et encore plein de mystères auquel la réalisatrice Anne Véron s’est attaquée : la « route des monastères », aussi appelée la « route des rats ». Soit les réseaux clandestins permis par des hommes d’Église, grâce auxquels ont fui des dignitaires nazis de premier plan, comme le « boucher de Lyon » Klaus Barbie, ou Adolf Eichmann, artisan de la solution finale. « C’est un sujet compliqué, sur lequel on ne peut pas être noir ou blanc, ni extrapoler », confie la documentariste, autrice de nombreux films sur la mafia (dont Le Dieu de la mafia, prix du jury au festival de Pessac en 2022).
La preuve, appuiel’historienne Nina Valbousquet : « Parmi les dignitaires concernés, se trouvait l’importantissime cardinal français Eugène Tisserant (1884-1972). » Déclaré Juste parmi les nations par le Mémorial de Yad Vashem pour avoir caché des Juifs, ce cardinal avait pourtant fait de même avec des membres français de la Milice, l’organisation paramilitaire de Vichy. Chaque fois, une même justification : ces « réfugiés » méritent le pardon universel. « Cette approche est ambiguë, car le Vatican se présente comme neutre dans le conflit. Sa position est aussi poussée par son anticommunisme », détaille Nina Valbousquet, qui a signé l’ouvrage Les Âmes tièdes. Le Vatican face à la Shoah (éd. La Découverte, 2024).
Il était important de montrer les preuves, car on ne connaît encore que des morceaux.
La réalisatrice Anne Véron
Prônant officiellement la clémence au moment de la dénazification de l’Allemagne, l’Église catholique tente de convertir les nazis non catholiques, en échange d’un soutien, notamment financier. C’est dans ce contexte que se créent les réseaux d’exfiltration, en particulier ceux que mettra au jour l’historien Gerald Steinacher, auteur des Nazis en fuite (éd. Perrin, 2015), en fouillant dans les archives diplomatiques et celles de la Croix-Rouge. « C’est l’un des rares à avoir étudié le sujet en profondeur », souligne Anne Véron. Cet historien l’a aidée à approfondir une piste qu’elle a initialement découverte en écoutant un podcast sur la fuite d’Adolf Eichmann.
En remontant le fil de cette histoire, on découvre comment des figures catholiques ont localement inventé ces réseaux, en exploitant notamment les commissions pontificales d’aide aux réfugiés pour porter assistance aux cohortes de déplacés et leur fournir des papiers d’identité. Parmi eux, Alois Hudal (1885-1963), évêque aux sympathies nazies assumées, et cerveau de la « route des rats ». Avec cette matière encore pleine d’ombres et sensible, il n’était pas question d’asséner, mais plutôt de tâtonner. « Plutôt qu’un récit, le film se déploie comme une enquête qui avance à chaque nouveau document », relate Anne Véron. Quitte, par exemple, à faire lire certaines archives par des intervenants : « Il était important de montrer les preuves, car on ne connaît encore que des morceaux. » Un clair-obscur qui devrait néanmoins continuer à s’éclairer, grâce à l’ouverture, en 2020, des archives du Vatican par le pape François.
Fuite des nazis, la route des monastères, d’Anne Véron (France, 2025). Inédit. 55 mn. Dimanche 15 février à 23h05 Sur France 5, et sur France.tv.
🗞️ Dans son article « J’ai eu l’impression d’être morte-vivante : pourquoi la France abandonne ses malades du Covid long », la journaliste Elsa Margueritat met des visages sur une crise sanitaire majeure, encore largement ignorée.
Est ce que vous aussi personne ne trouve ce que vous avez ? Douleurs neuropathiques (décharges picotements engourdissements) douleurs articulaires musculaires syndrome de tachycardie posturale erythermalgie (brûlures horribles sur tout le corps ) troubles visuels et tous les examens sont normaux on nous dit c’est post infectieux mais ça fait long c’est toujours aussi sévère et des symptômes se rajoutent de mois en mois.. personne ne vous explique et que faire pour aller mieux?
C’est l’histoire de Claire, Alice, Caroline, dont nous découvrons les témoignages au sein de l’article, mais aussi de milliers d’autres personnes dont la vie a basculé après une infection au Covid.
💥 Les données scientifiques sont pourtant claires : 50% des personnes atteintes de Covid long développent une encéphalomyélite myalgique (EM), une maladie systémique invalidante, grave, mais pas rare. Avec pour symptôme cardinal, le malaise post-effort.
L’article illustre concrètement les conséquences de cette méconnaissance médicale : “Alice en est l’un des visages les plus bruts. Après son crash au travail, elle est orientée vers la psychiatrie. « On m’a donné des antidépresseurs… je me suis laissée guider ». Elle n’a alors ni l’énergie ni les repères pour contester et pendant des mois l’hypothèse psychiatrique domine, malgré l’absence de signes dépressifs. Jusqu’au moment du diagnostic, apparu trop tard : entre-temps, la maladie a progressé. “
🩺 Faute de prise en charge sérieuse et adaptée, les trois témoignages montrent une aggravation de l’état de santé, directement liée à la méconnaissance de l’EM et du Covid long par une partie du corps médical.
Dans un avis rendu le 7 novembre 2023, le Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (COVARS) alerte : “Les effets de ce décalage français se font déjà sentir. […] Le COVARS alerte sur une psychiatrisation des symptômes et une crise de confiance durable entre patients et soignants. Autrement dit, à mesure que le phénomène s’étend, la médecine française continue de produire de l’errance et des prises en charge inadaptées.”
✊ À cette errance médicale s’ajoute une seconde violence : l’accès aux droits.
“Le COVARS décrit une véritable « stigmatisation institutionnelle », qui entrave l’accès à la protection sociale, en particulier pour les formes sévères. Alice en fait l’expérience la plus crue. Après une succession de refus, « je n’ai donc plus aucun revenu depuis début novembre 2025 ». (...) Caroline, elle, a fini par obtenir une ALD (après quatre demandes), une reconnaissance MDPH à 50 %, puis une invalidité de catégorie 2. Quand le système fonctionne, c’est souvent parce que le patient a les bons relais, pas parce que la prise en charge est pensée pour ces maladies”
Ces constats rejoignent les récits des patients : errance médicale, prises en charge inadaptées, prescriptions délétères, difficultés d’accès à la reconnaissance du handicap, perte de revenus, isolement social.
📌 Lien vers l’article complet (reservé aux abonnés) : https://www.marianne.net/societe/sante/jai-eu-limpression-detre-morte-vivante-pourquoi-covid-long-et-fatigue-chronique-sont-sous-estimes-en-france
Merci à tous ceux ayant pu rendre possible cet article. Ensemble on est plus forts et on va plus loin !
En outre-mer, une caste patronale et des lobbys tout-puissants
Par Julien Sartre
Ils ont table ouverte dans les lieux de pouvoir de Paris à Bruxelles, façonnent la politique économique des Dom et sont à la tête d’empires financiers sur tous les océans: les békés et le groupe martiniquais Bernard Hayot ne cessent d’étendre leur emprise.
Réunion, Mayotte, Guadeloupe, Martinique (France).– Dans la grande salle du « Contentieux » du Conseil d’État, au Palais-Royal, à Paris, les avocats du Groupe Bernard Hayot (GBH) ont le sourire. Nous sommes en juin 2020 : les hommes en robe et en costume-cravate défendent devant le juge des référés – soit dans une procédure d’urgence – le rachat par leur client de son principal concurrent dans le secteur de la grande distribution à La Réunion et à Mayotte.
Le président du tribunal est lui aussi de très bonne humeur, il est à « tu et à toi » avec les représentants de l’Autorité de la concurrence mais aussi avec les avocats du groupe martiniquais. Quelques jours auparavant, l’autorité administrative indépendante a fait savoir que ce rachat – l’absorption de Vindémia, la partie ultramarine du groupe Casino, par GBH – ne posait aucun problème particulier. À l’opposé des craintes exprimées par de nombreux hommes et femmes politiques sur l’île de La Réunion, ainsi que par de nombreux observateurs de la vie économique, l’Autorité de la concurrence n’a pas même jugé bon de déclencher la « phase 2 » des enquêtes sur cette opération de concentration économique avant de donner son feu vert.
À Paris, lors de l’audience au Conseil d’État, Étienne Chantrel, chef du service des concentrations à l’Autorité de la concurrence, reprend à son compte les arguments de GBH et soutient sans ciller devant le bienveillant juge des référés que « même si cela arrive très rarement, en réalité ce dossier soumis à l’Autorité de la concurrence consiste en une opération de déconcentration ».
Dans l’ordonnance rendue une semaine plus tard, la plus haute juridiction administrative confirme intégralement l’absence d’« atteinte grave et immédiate au maintien de la concurrence ».Grande distribution, pièces automobiles, enseignes d’équipement sportif, agroalimentaire : les békés viennent de prendre le contrôle de l’économie de deux Dom supplémentaires. Avec La Réunion et Mayotte qui tombent dans leur escarcelle, c’est un bassin de population de plus d’un million d’habitants, en forte croissance, au pouvoir d’achat à grand potentiel, qui vient grossir un portefeuille déjà bien garni.
« Guadeloupe, Mayotte, Réunion : les békés ne s’arrêteront jamais de coloniser ! » Dans un cri du cœur en direction de ses compatriotes de l’outre-mer, l’homme politique et penseur indépendantiste martiniquais Garcin Malsa a le sentiment de prêcher dans le désert autant que de rappeler des évidences. Mediapart l’a rencontré chez lui, en mars 2021, à Sainte-Anne, au sud de son île des Caraïbes. « C’est ce que les Réunionnais, les Mahorais, doivent comprendre : les combattre, nous aider à les combattre, c’est se sauver ! Leurs racines sont ici, ce sont eux qui gouvernent ici. Ce sont les maîtres du pays, ce n’est pas symbolique, c’est de la realpolitik. C’est pourquoi notre combat est plus dur en Martinique. »
Un combat qui ne date pas d’hier. Dans son livre Les Blancs créoles de la Martinique, une minorité dominante (L’Harmattan, 2002, Paris), l’anthropologue Édith Kováts Beaudoux décrit sans fard un groupe « de moins de 1 % de la population globale, soit un peu plus de 3 000 personnes […], caractérisé par son morcellement intérieur et par sa forte cohésion vis-à-vis de l’extérieur, facteur principal de sa survie raciale et du maintien de sa position socio-économique privilégiée ».
Envoyés par la France de Richelieu afin d’y établir des comptoirs, à partir du XVIIe siècle, les Blancs créoles ont toujours été à la manœuvre dans le façonnement de l’économie coloniale. À la tête des plantations – appelées localement « habitations » – alternant les types de cultures (café, épices, canne à sucre, ananas, bananes...) et exploitant les dizaines de milliers d’esclaves arrachés à l’Afrique, ils ont fait correspondre exactement leur production aux besoins de la métropole.
Aujourd’hui encore, la part la plus opulente de cette caste vit dans une zone bien précise de la Martinique. Sur la commune du François, le lotissement Cap-Est concentre – une fois passées des plantations de bananes où travaillent des ouvriers noirs occupés à charger les lourds régimes dans de petites camionnettes – de somptueuses demeures, avec accès privatif à la mer. Endogamie, confidentialité stricte et non-mixité sont toujours la règle.
L’emprise des groupes détenus par les békés sur les économies insulaires est totale. Selon un rapport indépendant dont le groupe martiniquais conteste farouchement les conclusions, GBH contrôle, depuis son rachat de Vindémia en 2020, plus de 45 % du commerce de détail sur l’île de La Réunion, pour un chiffre d’affaires annuel de plus de deux milliards d’euros. À Mayotte, la situation est encore plus critique : la quasi-totalité des « doukas », des commerces de proximité, sortes d’épiceries traditionnelles réparties aux quatre coins de l’île, sont devenues sa propriété.
D’où vient la bienveillance des pouvoirs publics à l’égard d’une telle concentration dans les départements d’outre-mer ? De l’organisation de cette caste patronale en lobbys tout-puissants. Leurs noms sont Fédération des entreprises d’outre-mer (Fedom) et Eurodom. Via ses administrateurs, GBH fait partie des fondateurs de ces organisations.
Consacrés pour le premier au Parlement français et aux ministères parisiens, pour le second aux mêmes et aussi aux institutions bruxelloises, les deux lobbys rassemblent la totalité des entreprises détenues par les békés et négocient en leur nom les adaptations réglementaires, les aides étatiques et européennes, la législation en vigueur, etc. Ils comptent également dans leurs rangs la majorité des collectivités d’outre-mer qui leur confient ainsi les clés et les pouvoirs de négociation à propos de l’octroi de mer par exemple.
« À la Fedom, nous pouvons avoir des positions diverses et contradictoires en ce qui concerne l’octroi de mer », tient à relativiser son actuel président, Hervé Mariton. Homme de droite, ancien ministre de l’outre-mer du président Jacques Chirac, il réfute l’expression de « lobby tout-puissant ». « Est-ce qu’il y a un surplomb de ces groupes dans la vie de la Fedom ? La réponse est non. Cet acteur de poids en particulier ne dirige pas la Fedom. »
Toute l’année, les lobbyistes écrivent des amendements que les parlementaires, français comme européens, soumettent ensuite au vote de leurs collègues ; ils sont reçus à intervalles extrêmement réguliers au ministère de l’économie et considèrent celui des outre-mer, rue Oudinot, un peu comme une dépendance de la mairie du François. « La devise de Bernard Hayot, c’est “le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien” », confie une source proche de ces dossiers européens sous couvert d’anonymat.
« Les lobbyistes d’Eurodom sont discrets, ils ne s’exposent pas inutilement. Par contre, on les voit dans toutes les négociations à Bruxelles, au ministère de l’agriculture, à l’outre-mer, tout ce qui peut influer de près ou de loin sur les économies insulaires. Par exemple, alors que l’enveloppe du Posei [le programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité, une enveloppe européenne de 320 millions d’euros fléchés vers l’outre-mer français – ndlr] était menacée, ils ont fait venir 250 socioprofessionnels des outre-mer à Bruxelles, Canaries et Madère compris. Le Posei a été maintenu pour deux ans et l’argent a été pris sur l’enveloppe de la politique agricole commune. »
Des plaintes qui n’aboutissent pas
Le délégué général d’Eurodom, Benoît Lombrière, ancien conseiller technique à l’outre-mer du président Nicolas Sarkozy, était auditionné en mars 2020 par la délégation aux outre-mer du Sénat. Au Palais du Luxembourg, dans une ambiance courtoise, il se permettait tout de même de tancer les autorités françaises : en cause, notamment, les aides européennes consacrées à la production de sucre. « L’instruction des dossiers d’aides d’État par la Direction générale de la concurrence et non plus par les directions sectorielles soulève une véritable inquiétude, s’inquiétait Benoît Lombrière. Cependant, nous sommes dans un dialogue constant avec la Direction générale de la concurrence et avec la Direction générale de la fiscalité. Nous avons l’habitude de discuter avec eux. Nous ne sommes pas en territoire inconnu. Il faudra cependant une inflexion dans la manière dont les administrations françaises justifient les aides. Il nous revient de commencer à éclairer ceux qui font les dossiers à Paris. »
L’avocate guadeloupéenne Maryse Coppet a déposé plusieurs plaintes devant la Commission européenne : elle s’insurge contre l’appropriation des fonds européens par ces groupes d’intérêts constitués. « Le problème, c’est que l’État ne se déjuge pas quand il est mis en cause et il est très difficile de faire avancer les choses parce que les plaintes devant l’Office de lutte antifraude [Olaf] européen n’aboutissent jamais, en raison de la mauvaise volonté de la France. Résultat, le Posei renforce les positions des gros producteurs. »
Un poulet « né et élevé en Guadeloupe » (NEG) qui ne parvient pas à trouver son modèle économique alors que 99 % de la volaille consommée aux Antilles est importée ; une monoculture de la canne à sucre mortifère sur l’île de La Réunion alors que le taux de couverture, soit le rapport entre la valeur des importations et celle des exportations, est particulièrement faible dans l’île ; d’immenses hypermarchés et des zones commerciales qui défigurent les paysages alors que l’autonomie alimentaire devient un mirage toujours plus lointain dans les Dom ; les conséquences des situations de rente et les termes inégaux des échanges économiques tels que définis par les lobbys patronaux font des dégâts considérables. La vie chère n’est pas le moindre d’entre eux : selon le département ultramarin, les produits de première nécessité sont de 22 % à 38 % plus chers qu’en métropole.
« Bien sûr qu’ils prennent les fonds européens, mais il ne faut pas penser pour autant qu’ils sont intelligents, s’agace l’indépendantiste Garcin Malsa, en écoutant le récit de négociations bruxelloises depuis sa maison de Sainte-Anne, en Martinique. L’intelligence vient de nous, nous les avons aidés à se structurer. Ils fonctionnent comme des automates. » Parmi d’autres explications avancées, le mot « béké » trouverait son origine dans un mot africain, de la nation ashanti. Il désignerait « M’Béké », « ceux qui ont le pouvoir », en opposition à « ceux qui savent », les « M’Méké ».
« Après les grandes manifestations, le blocage total de l’économie, l’immense soulèvement populaire de 2009, les békés ont été contraints de faire une révolution sociologique, temporise un très bon observateur du climat social aux Antilles, qui préfère ne pas être cité. Cela est passé notamment par la Fondation Clément, un outil culturel au service des artistes caribéens, très régulièrement mis en avant dans la communication publique du groupe GBH. »
Sollicité, le groupe GBH n’a pas répondu à nos questions, pas davantage que son président, Bernard Hayot. La Fondation Clément, que Bernard Hayot préside aussi, nous a fait savoir par courriel qu’il n’était « pas disponible ». Dans les documents qui mettent en avant l’action de la Fondation Clément, il est précisé que ce lieu, une ancienne habitation sur la commune du François, « a progressivement élargi ses horizons, ces dernières décennies, en s’ouvrant au public ou en accueillant des invités aussi prestigieux que les présidents Bush et Mitterrand. Mais, au-delà de ces événements, il a su conserver son identité et rester fidèle à sa mémoire, témoignant d’un passé qui fut, comme partout à la Martinique, fait de grandeurs et de misères et qui réunit aujourd’hui les Martiniquais autour de l’art et de la culture ».
Au-delà des « grandeurs et des misères », il arrive que la machine économique et coloniale bien huilée déraille. Et c’est aux Antilles françaises, là où la caste patronale est la plus puissante, que le plus terrible raté de ce système déjà ancien s’est produit : l’empoisonnement de la population au chlordécone. Une statistique résume tous les chiffres du mal-développement et de l’accaparement des richesses : les Martiniquais et les Guadeloupéens détiennent le record mondial par habitant de taux de cancers de la prostate.
Voici quelques petits bijoux de la langue française que vous ne connaissiez peut-être pas…
Le plus long mot palindromique de la langue française est « ressasser ». C'est-à-dire qu’il se lit dans les deux sens.
« Institutionnalisation » est le plus long lipogramme en « e » C'est-à-dire qu'il ne comporte aucun « e ».
L'anagramme de « guérison » est « soigneur » C'est-à-dire que le mot comprend les mêmes lettres.
« Endolori » est l'anagramme de son antonyme « indolore », ce qui est paradoxal.
« Squelette » est le seul mot masculin qui se finit en « ette »
« Où » est le seul mot contenant un « u » avec un accent grave. Il a aussi une touche de clavier à lui tout seul !
Le mot "simple" ne rime avec aucun autre mot. Tout comme "triomphe", "quatorze", "quinze", "pauvre", "meurtre", "monstre", "belge", "goinfre" ou "larve".
« Délice », « amour » et « orgue » ont la particularité d'être de genre masculin et deviennent féminin à la forme plurielle. (Toutefois, peu sont ceux qui acceptent l'amour au pluriel !!)
« Oiseaux » est, avec 7 lettres, le plus long mot dont on ne prononce aucune des lettres : [o], [i], [s], [e], [a], [u], [x] .
« oiseau » est aussi le plus petit mot de langue française contenant toutes les voyelles.
APOPHTEGME : (prononcer « apoftègme ») Un APOPHTEGME est un précepte, une sentence, une parole mémorable ayant valeur de maxime. Si le mot « apophtegme » est difficile à prononcer ou à écrire, il devient un plaisir quand on en lit un !
Quelques exemples...
L'homme descend du songe. (Georges Moustaki)
Elle était belle comme la femme d'un autre. (Paul Morand)
L'enfant est un fruit qu'on fit. (Leo Campion)
Dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu hais. (Francis Blanche)
Quand il y a une catastrophe, si on évacue les femmes et les enfants d'abord, c'est juste pour pouvoir réfléchir à une solution en silence. (Winston Churchill)
La tolérance, c'est quand on connaît des cons et qu'on ne dit pas les noms. (Michel Audiard)
L’expérience est l’addition de nos erreurs.
C’est mathématique : Un cocu est un entier qui perd sa moitié pour un tiers. (Jean Carmet)
Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet. (G. Courteline)
Tout le monde pense ; seuls les intellectuels s’en vantent. (Philippe Bouvard)
Le jour ou Microsoft vendra quelque chose qui ne se plante pas, je parie que ce sera un clou.
Elle est tellement vieille qu'elle a un exemplaire dédicacé de la Bible.
La chute n’est pas un échec. L’échec c’est de rester là où on est tombé. (Socrate)
Quand Rothschild achète un Picasso, on dit qu'il a du goût. Quand Bernard Tapie achète un tableau, on demande où il a trouvé les ronds.
Si la Gauche en avait, on l'appellerait la Droite. (Reiser)
Si on ne faisait les choses qu’après y avoir mûrement réfléchi, on ne coucherait jamais avec personne. (Ray Bradbury)
"Parlement"… mot étrange formé de "parler" et "mentir". (Pierre Desproges)
Quand un couple se surveille, on peut parler de "communauté réduite aux aguets".
Lorsque un minable attaque un autre minable, il faut s’attendre à "une guerre interminable".
Il y a trois sortes de personnes : Celles qui savent compter et celles qui ne savent pas.
Un trou noir c’est troublant.
Il faisait tellement froid que j’ai vu un socialiste avec les mains dans ses propres poches.
Mieux vaut être une vraie croyante qu’une fausse sceptique.
Mieux vaut être un papa au rhum qu’un gâteux sec.
N'attendez pas la solution de vos problèmes des hommes politiques puisque ce sont eux qui en sont la cause (Alain Madelin)
Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. (J-B. Bossuet)
Pardonner, c’est refuser de rester une victime.
On peut donner le bonheur sans l’avoir... c’est d’ailleurs comme cela qu’on l’acquiert. (Voltaire)
mardi 27 janvier 2026
Quand les portes se sont finalement ouvertes et que le monde extérieur des camps est devenu visible à nouveau, la ruée de la libération n'était pas un flot soudain de joie - c'était une matinée tranquille et fragile. Après des années où les corps ont été traités comme des machines, brisés par la faim et l'épuisement, le simple acte debout ressemblait à une lutte monumentale.
Dans les jours qui ont suivi la libération, les équipes médicales ont encouragé les survivants à essayer de courtes promenades douces pour retrouver leurs forces. Pour un étranger, cela aurait pu ressembler à un simple exercice médical, mais pour ceux qui avaient vécu l'impensable, ces quelques mètres instables étaient une révolution. Pour la première fois dans une éternité, le mouvement n'était pas une réponse à un commandement aboyé ou une menace de violence ; c'était un choix.
Ces premières promenades ont été le début d'une profonde transformation. Pendant des années, la marche a été un outil de cruauté - marches forcées, travail sans fin et routine écrasante des appels. Mais alors que les survivants s'appuyaient sur des cannes de fortune ou sur les épaules de leurs frères et sœurs, ce même mouvement est devenu quelque chose de sacré. Chaque pas était une déclaration tranquille qu'ils étaient toujours là, que leurs corps leur appartenaient à nouveau et que l'espace autour d'eux n'était plus une cage. Il n'y avait pas de destinations pleines de peur qui attendaient au bout du chemin ; il n'y avait que le plein air et le retour de l'agence.
La liberté, dans sa forme la plus pure et la plus intime, s'est pratiquée dans ces moments tranquilles de persistance. Cela n'a pas été trouvé dans un grand discours ou un document signé, mais dans le courage qu'il a fallu pour rassembler des forces et avancer sans permission. Chaque foulée instable était une brique dans les fondations d'une nouvelle vie, une façon d'apprendre à habiter à nouveau le monde en tant que personne plutôt qu'en nombre.
Nous partageons cette histoire aujourd'hui pour nous rappeler que la guérison est un voyage de mille miles qui commence par un seul pas tremblant - et que même lorsque nous sommes au plus faible, l'acte d'aller de l'avant est la plus grande victoire de toutes.
vendredi 9 janvier 2026
“David Bowie, naissance d’une légende” : des années de galères à l’éclosion
De ses débuts amateurs à son avènement glam rock en 1973, David Bowie va connaître sa part d'échecs et de flops. Mais confiant en son talent et porté par une époque effervescente et pop, il va réussir sa mutation en multipliant les identités et en poussant le rock dans ses retranchements. Dès son enfance dans une banlieue londonienne, il n'a qu'une idée : partir, changer de dimension et de personnalité. En 1962, le jeune mod rejoint ou crée des groupes qu'il vampirise par son charisme, sans succès. Mais son écriture, elle, commence à faire la différence : il est l'un des premiers à évoquer son vécu ou à parler du point de vue d'un enfant. En 1969, son single "Space Oddity" le place en orbite.
En 1965, un inconnu du nom de David Bowie passe une audition à la BBC avec les Lower Third. Si le dandy anglais se rêve en pop star, le verdict tombe : « Ce groupe n’a rien qui retienne l’attention. Le chanteur est amateur, se trompe de notes et chante faux. » Ha, ha, ha ! Quelle ironie ! Deux ans après David Bowie, les cinq dernières années, tourné au crépuscule de ses mille vies, le Britannique Francis Whately boucle la boucle avec David avant Bowie. Ce portrait échevelé se concentre sur ses années de galère… avant la consécration, en 1972, sous les traits extraterrestres de Ziggy Stardust.
Constellé d’archives solaires animées comme des diapos vintage, le film revient brillamment aux origines du mythe. Celui d’un enfant de Brixton mal-aimé (« Je n’étais pas très heureux. Mes parents m’embrassaient rarement. J’ai toujours été en manque d’affection »), mais au charisme fou et à l’ambition démesurée, qui, très tôt, a choisi de se transcender (« La passion qui anime les gens un peu curieux d’eux-mêmes est de s’échapper, de fuir pour essayer de découvrir qui ils sont »). Pour se trouver et se démultiplier, l’étoile en devenir touche à tout : mime, danse, théâtre, mode… À travers le témoignage vibrant de ses proches (le batteur Phil Lancaster, la ballerine Hermione Farthingale, qui lui brisa le cœur, sa cousine Kristina Amadeus…), Francis Whately dépeint la lente métamorphose de David Robert Jones en icône de la pop culture. Un artiste total, en perpétuelle mutation.
De ses débuts amateurs à son avènement glam rock en 1973, David Bowie va connaître sa part d'échecs et de flops. Mais confiant en son talent et porté par une époque effervescente et pop, il va réussir sa mutation en multipliant les identités et en poussant le rock dans ses retranchements. Dès son enfance dans une banlieue londonienne, il n'a qu'une idée : partir, changer de dimension et de personnalité. En 1962, le jeune mod rejoint ou crée des groupes qu'il vampirise par son charisme, sans succès. Mais son écriture, elle, commence à faire la différence : il est l'un des premiers à évoquer son vécu ou à parler du point de vue d'un enfant. En 1969, son single "Space Oddity" le place en orbite.