ZEITGEIST
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"MR. NICE GUY" a peur
Derrière la posture martiale du président, la guerre s’enlise, les marchés tremblent, et le chef de guerre Trump est rattrapé par la peur.
Hi everyone, c’est Zeitgeist.
Je vais vous raconter les révélations d’une enquête du Wall Street Journal qui décrit un président hésitant, inquiet, obsédé par le spectre d’un échec au Moyen-Orient. “MR. NICE GUY”, comme il se surnomme désormais, veut à tout prix conclure un accord avec l’Iran. Il menace parce qu’il doute. Il improvise, se disperse, cherche à tout prix une porte de sortie pour ne pas voir sa présidence sombrer.
Dans ce climat de tension, même le cœur de l’État vacille. Le directeur du FBI Kash Patel va sur Fox pour plaider sa cause auprès du président, devant son poste. Prêt à tout pour sauver sa peau, malgré ses multiples absences alcoolisées qui mettent en danger la sécurité nationale. Il incarne une administration sous pression, qui craint de perdre le contrôle.
Un vieil ami (devenu ennemi) du président décrypte un Trump “indiscipliné, immature et narcissique”, mais dangereux précisément parce qu’il n’est pas “stupide”. Et il étrille des démocrates incapables de proposer une alternative claire.
Dans Zeitgeist, je vais aussi vous raconter pourquoi le hamburger devient un produit de luxe, symbole d’une inflation durable qui pèse sur les classes moyennes et pourrait marquer les élections de 2026.
Et un basculement culturel. Pourquoi les ultra-riches ne veulent plus s’excuser. Une nouvelle ère où la richesse se montre, s’assume, et se met en scène.
Je vous prie de m’excuser d’utiliser ce cliché journalistique, mais ce matin, nous sommes bien à un moment charnière de cette guerre.
Le président Trump avait annoncé qu’elle durerait 4 à 6 semaines.
Elle vient d’entrer dans sa huitième semaine.
Le vice-président Vance, le gendre du président Kushner et son représentant spécial Witkoff sont sur le chemin du Pakistan pour une nouvelle série de négociations.
Téhéran envoie des signaux contradictoires, laissant planer le doute sur sa participation.
Comme l’écrit sur X Ben Rhodes, l’ancien adjoint au conseiller à la sécurité nationale du président Obama, “La combinaison de l’incohérence de Trump, de la belligérance de Netanyahu et de la primauté du Corps des gardiens de la révolution islamique dans la politique iranienne n’est pas la meilleure recette pour une désescalade.”
Tout se joue autour du détroit d’Ormuz, où la tension est brutalement remontée ce week-end.
Les États-Unis viennent de franchir un nouveau seuil. Les images faisaient la une des journaux télévisés ce dimanche soir sur les chaînes américaines.
Un destroyer a tiré sur un cargo battant pavillon iranien qui tentait de contourner le blocus naval imposé par Washington. Après plusieurs heures d’avertissements, le navire a été immobilisé, puis pris par des Marines américains. C’est la première fois depuis le début du blocus qu’une opération de ce type est menée par la force.
Avant cela, l’Iran avait tiré sur des navires commerciaux dans la zone, pour réaffirmer son contrôle sur le détroit, qui avait été brièvement rouvert quelques jours plus tôt. Ce matin, le trafic est à nouveau paralysé, la situation devient de plus en plus explosive, à deux jours de l’expiration du cessez-le-feu.
Et le président américain l’a dit clairement à un journaliste d’ABC qui a réussi à le joindre par téléphone. Soit un accord est trouvé, soit les frappes reprendront. Lui croit toujours qu’il peut obtenir un accord de paix :
“Ça va arriver. D’une manière ou d’une autre. De la manière douce ou de la manière dure. Ça va arriver.”
La guerre devient de plus en plus impopulaire. Plus de deux tiers des Américains désapprouvent la gestion du président de cette guerre, selon un sondage commandé par NBC.
L’optimisme de Wall Street dont je vous parlais dans les derniers numéros de Zeitgeist s’émousse, avec le prix du pétrole qui repart à la hausse.
Le secrétaire à l’Énergie Chris Wright a dû reconnaître sur CNN que les Américains risquent de ne pas revoir de sitôt les 3 dollars le gallon d’avant-guerre.
“CNN : Selon vous, quand est-il réaliste pour les Américains d’espérer que l’essence repasse sous les 3 dollars le gallon ? »
Wright : “Je ne sais pas, cela pourrait arriver plus tard cette année. Cela pourrait ne pas arriver avant l’année prochaine.”
C’est à dire après les élections de mi-mandat début novembre.
Les prochains jours vont être décisifs.
Si les négociations échouent, ou si elles n’ont même pas lieu, le cessez-le-feu pourrait voler en éclats.
Et la guerre reprendre.
Le message présidentiel envoyé à l’aube ce dimanche matin donnait le ton.
“Nous proposons un ACCORD très juste et raisonnable, et j’espère qu’ils l’accepteront parce que, sinon, les États-Unis vont détruire chacune des centrales électriques et chacun des ponts en Iran. FINI MR. NICE GUY ! ! Ils céderont vite, ils céderont facilement et, s’ils n’acceptent pas l’ACCORD, ce sera un honneur pour moi de faire ce qui doit être fait, ce qui aurait dû être fait à l’Iran par d’autres présidents depuis 47 ans. IL EST TEMPS DE METTRE FIN À LA MACHINE À TUER IRANIENNE ! Président DONALD J. TRUMP”
J’ai découvert ces derniers messages menaçants de “MR. NICE GUY”, Monsieur Gentil, après avoir lu une enquête informée et inquiétante du Wall Street Journal, qui permet de mieux comprendre ce que fait Donald Trump.
Elle est titrée “Derrière la fanfaronnade publique de Trump sur la guerre, il est aux prises avec ses propres peurs.”
L’enquête du WSJ révèle un contraste (un fossé ?) entre l’image publique de fermeté de Trump et ses inquiétudes en privé à propos de la guerre contre l’Iran.
Pendant que la guerre s’enlise, Donald Trump semble déjà ailleurs. Lassé du conflit, il préfère parler de son projet de salle de bal à la Maison Blanche, ou plaisanter en suggérant qu’il pourrait s’attribuer la Medal of Honor, la plus haute décoration militaire.
Il improvise, au fil de ses intuitions, alors que ses propres conseillers confient en privé qu’il cherche avant tout une porte de sortie. Au point, selon plusieurs témoignages recueillis par le WSJ, que les militaires eux-mêmes filtrent l’information qu’ils lui transmettent, jugeant son comportement trop erratique et impatient pour être intégré en temps réel aux décisions les plus sensibles.
Derrière ses déclarations martiales et ses menaces spectaculaires, le président est surtout inquiet, obsédé par le risque d’un échec humiliant, comme celui qui a condamné la présidence de Jimmy Carter lors de la crise des otages de 1979.
Son style reste toujours le même, impulsif et déroutant, entre escalade verbale extrême et volonté de négocier. Il va jusqu’à adopter volontairement un ton en apparence instable pour faire pression sur l’Iran. Mais ce que détaille cette enquête du Wall Street Journal, à ne pas rater, c’est que cette stratégie de “MR. NICE GUY” masque une réelle peur.
Je vous raconte.
Comme souvent chez lui, il se disperse, passe d’enjeux militaires critiques à des sujets secondaires comme la levée de fonds ou la construction de la salle de bal de la Maison Blanche dont il parle sans cesse (“Le président a mis en avant publiquement son projet de salle de bal environ un tiers des jours cette année” selon un décompte du Washington Post publié hier).
L’enquête du Wall Street Journal montre aussi un président isolé, profondément irrité par ses alliés européens, ultra-attentif aux marchés et aux sondages, et bien conscient que la guerre est en train de devenir un fardeau politique.
C’est bien pour cela qu’il veut en sortir au plus vite.
Oh il se vante de quelques succès militaires. Mais l’absence de stratégie claire et les messages contradictoires ne font que nourrir l’incertitude. Comme souvent chez lui, il oscille entre intuition et mise en scène.
Voici quelques extraits de cette enquête très riche du Wall Street Journal :
“Il semblait que l’appétit de Donald Trump pour le risque s’était épuisé, et que ses peurs étaient en train de monter.”
“Trump a crié sur ses collaborateurs pendant des heures. Les Européens n’aident pas, répétait-il. Le prix de l’essence atteignait en moyenne 4,09 dollars. Les images de la crise des otages iraniens de 1979 — l’un des plus grands échecs de politique étrangère d’une présidence récente — occupaient une place centrale dans son esprit, selon des personnes qui lui ont parlé.
“Si vous regardez ce qui est arrivé à Jimmy Carter… avec les hélicoptères et les otages, cela leur a coûté l’élection”, avait déclaré Trump en mars. “Quel désastre.””
“Un président qui prospère dans le drame apporte une version encore plus intense de son approche non orthodoxe et maximaliste à une nouvelle situation : faire la guerre. Il oscille entre des approches belliqueuses et conciliantes, tout en mesurant en coulisses à quel point les choses pourraient mal tourner.
Dans le même temps, le président perd parfois le fil, passant du temps sur les détails de ses projets de salle de bal à la Maison Blanche ou sur des levées de fonds pour les élections de mi-mandat — et disant à ses conseillers qu’il veut passer à d’autres sujets.”
“Trump est confronté à sa propre peur d’envoyer des troupes au combat, où certains seront blessés et d’autres ne reviendront pas, comme d’autres présidents en temps de guerre, selon des personnes au fait du dossier.
Trump a résisté à l’idée d’envoyer des soldats américains s’emparer de l’île de Kharg, par exemple, point de départ de 90 % des exportations de pétrole iranien. Alors qu’on lui assurait que l’opération réussirait, et que la prise du territoire donnerait aux États-Unis accès au détroit, il craignait des pertes américaines inacceptables, selon ces sources. “Ils seraient des cibles faciles”, a-t-il déclaré.
Malgré cela, il a fait des déclarations risquées sans consulter son équipe de sécurité nationale — y compris un message évoquant la destruction de la civilisation iranienne — estimant qu’apparaître instable pouvait pousser les Iraniens à négocier.”
“La décision de Trump de s’engager dans la guerre a surpris beaucoup de ceux qui le connaissaient le mieux. “Du sang et du sable”, disait-il à ses conseillers lors de son premier mandat pour décrire la région, expliquant pourquoi il ne voulait pas être entraîné dans un conflit au Moyen-Orient.
Trump a oscillé, selon ses proches, entre la prise en compte des inquiétudes économiques lors d’échanges avec ses conseillers (…) et l’affirmation qu’il allait poursuivre la guerre. Il leur disait qu’il fallait surveiller les marchés, et ses paroles avaient souvent un impact sur eux.
Mais Trump a rapidement commencé à ruminer sur la manière dont l’action militaire pourrait tourner à la catastrophe.”
À méditer pour comprendre ce qui pourrait se passer dans les prochains jours.
Quand le FBI titube
Cela pourrait être une scène gagesque de la série culte Veep, qui raconte avec un humour cynique les coulisses du pouvoir à Washington, dans un chaos politique fait d’incompétence, d’ego et de communication absurde.
Un vendredi soir d’avril, le directeur du FBI, Kash Patel, un ultratrumpiste placé à la tête de l’une des institutions les plus sensibles des États-Unis, s’apprête à quitter son bureau. Il n’arrive plus à se connecter à un système informatique interne. En quelques minutes, il en est convaincu, c’est fini. La Maison Blanche vient de le licencier. Il appelle frénétiquement ses proches, ses alliés, annonce qu’il a été renvoyé. Dans les couloirs du FBI, la rumeur se propage aussitôt. Qui est désormais à la tête de l’agence ?
Personne. Ou plutôt, toujours lui.
Ce n’était qu’un bug informatique, rapidement résolu. Mais cet épisode, raconté dans une enquête de The Atlantic, est très révélateur.
Je vous ai parlé ces dernières semaines dans Zeitgeist de l’ambiance de purge qui règne à Washington parmi les fidèles trumpistes que le président a placés à la tête de départements importants pour les récompenser de leur fidélité. Et pour s’assurer de ne pas être empêché d’appliquer ses projets par des empêcheurs de tourner en rond, des tenants de l’État profond, comme pendant son premier mandat. La procureure générale (ministre de la Justice) Pam Bondi a été chassée, dans la foulée de Kristi Noem, à la tête du département de la sécurité intérieure.
Les rumeurs donnent Tulsi Gabbard, la directrice nationale du renseignement, sur le départ.
Ainsi Kash Patel est persuadé que son poste est menacé.
Dans l’administration Trump, certains discutent déjà de son remplacement. Tout le monde attend le moment où la décision tombera.
La Maison Blanche dément. Sa porte-parole assure que Patel reste un élément clé de la politique de sécurité du président. Le principal intéressé répond que tout est faux, et qu’il ira devant les tribunaux. Mais derrière ces démentis, les témoignages recueillis par The Atlantic dessinent un portrait beaucoup plus inquiétant.
Plus de deux douzaines de sources, issues du FBI, du ministère de la Justice, du monde politique ou du lobbying, décrivent un dirigeant erratique, suspicieux, prompt à tirer des conclusions sans preuves. Elles évoquent surtout des comportements qui dépassent le simple style de management. Plusieurs parlent de consommation d’alcool excessive, régulière, visible.
Je vous avais raconté dans Zeitgeist son déplacement très controversé à Milan pour la finale olympique de hockey, et la beuverie dans le vestiaire.
Kash Patel serait connu pour boire jusqu’à l’ivresse dans certains lieux prisés à Washington, notamment le club Ned’s, ou à Las Vegas, où il passe une partie de ses week-ends. Des réunions auraient dû être décalées à cause de nuits trop arrosées. Sur certaines missions, ses propres équipes de sécurité auraient eu du mal à le réveiller.
Selon l’enquête, une demande d’équipement de “breach”, utilisé par des unités d’intervention pour forcer une porte, aurait été envisagée pour accéder à une pièce où il était enfermé et injoignable. Au ministère de la Justice, dont dépend le FBI, l’usage excessif d’alcool est interdit, notamment parce qu’il expose les responsables à des risques de manipulation par des puissances étrangères
.Le directeur du FBI est censé être disponible à tout moment, capable de prendre des décisions rapides dans des situations de crise. Or plusieurs responsables décrivent un dirigeant très souvent absent, difficile à joindre, qui ralentit des enquêtes sensibles. Dans certains cas, des décisions urgentes ont été retardées. Des agents expérimentés, habituellement réputés pour leur sang-froid, auraient perdu patience face à ces blocages.
Que se passe-t-il en cas d’attentat, si le patron du FBI est injoignable ? Un responsable raconte que c’est ce qui l’empêche de dormir.
Kash Patel n’est pas un accident. Sa nomination, au début de l’année 2025, était déjà controversée. Ce collaborateur proche de Donald Trump, y compris quand beaucoup l’ont lâché après son départ du pouvoir en 2021, s’était fait connaître par ses positions très dures contre ce qu’il considère comme un “État profond” hostile au président. Il a défendu des théories controversées, notamment sur le rôle du FBI dans l’attaque du Capitole le 6 janvier 2021. Sa confirmation au Sénat s’était jouée à une voix près.
Il a reçu pour mission de transformer le FBI. Et il s’y est employé. Depuis son arrivée, il a lancé des purges internes visant les agents impliqués dans les enquêtes sur Trump ou perçus comme hostiles. Des licenciements, des pressions pour pousser certains à partir, des investigations internes. Dans certains cas, des employés ont été soumis à des tests au détecteur de mensonge pour identifier d’éventuelles fuites, mais aussi pour savoir s’ils avaient critiqué le directeur ou le président.
Le résultat, selon plusieurs anciens responsables, est une institution fragilisée au turnover élevé. Un ancien haut responsable du renseignement évoque une disparition progressive de cette expérience qui permet d’identifier et de prévenir rapidement une menace.
Et pourtant, Kash Patel tient toujours. Parce qu’il incarne ce que Donald Trump attend de lui. Un dirigeant prêt à utiliser l’appareil fédéral pour cibler des adversaires politiques ou personnels. Dans un livre publié en 2023, il dressait déjà une liste de responsables qu’il accusait de corruption ou de déloyauté. J’y avais consacré un épisode du podcast Zeitgeist (à l’époque où j’avais encore le loisir de décliner Zeitgeist en podcast…). Il a également évoqué la possibilité de poursuivre des journalistes pour leur couverture de l’élection de 2020.
Cette loyauté politique le protège. Mais elle a ses limites. Selon plusieurs sources, Trump lui-même s’agace parfois de ses prestations publiques ou du rythme de certaines enquêtes. Et surtout, des récits sur son mode de vie circulent de plus en plus. L’usage de l’avion du FBI à des fins personnelles, les soirées, les excès. Des éléments qui pourraient, à terme, attirer l’attention du président, qui ne boit pas et a été marqué par l’alcoolisme de son frère.
Au fond, ce que raconte The Atlantic dépasse largement le cas individuel de Kash Patel. C’est le portrait d’une institution qui fonctionne au ralenti, sous tension, traversée par la défiance. Des agents qui doutent de leur hiérarchie. Une chaîne de commandement incertaine. Et une mission essentielle, protéger le pays, qui dépend d’un homme dont la présence et la lucidité sont, selon plusieurs témoignages, variables.
Un responsable du FBI confie à The Atlantic qu’une partie de lui est soulagée quand le directeur se perd dans des préoccupations secondaires, parce que cela limite les dégâts. Mais cela signifie aussi qu’il n’y a pas vraiment de pilote.
Et dans une période de guerre et de tensions, ce vide au sommet est peut-être ce qu’il y a de plus inquiétant.
Dézoom
Comme ces révélations sont embarrassantes, et qu’il sait que le président n’aime pas ça, Kash Patel est allé hier matin sur Fox News, dans l’une des émissions que son patron suit avec le plus d’attention, celle de son amie Maria Bartiromo.
Les yeux écarquillés, Patel espérait ainsi s’adresser directement au président, sur un ton désespéré, pour sauver son poste.
Il annonce d’abord qu’il va poursuivre The Atlantic pour diffamation.
Maria Bartiromo : “The Atlantic affirme que vous avez un problème d’alcool, qui nuirait à votre travail à la tête du FBI. Quelle est votre réponse ce matin à cet article ?”
Kash Patel : “(…) Les résultats parlent d’eux-mêmes. Si la mafia des fake news ne vous attaque pas personnellement avec des accusations sans fondement à Washington, alors vous ne faites pas votre travail. Et c’est encore plus fort aujourd’hui parce que ce FBI, sous le leadership brillant du président Trump, a permis d’avoir l’Amérique la plus sûre de l’histoire de notre pays.)”
Et Patel enchaîne sur un sujet dont il sait qu’il va ravir le président devant son poste. Il va démontrer que l’élection de 2020 était “rigged”, truquée.
“Je suis aux côtés du président presque depuis le premier jour sur ce sujet (…) Je ne laisserai jamais tomber. Parce qu’ils n’ont pas seulement attaqué la présidence des États-Unis et le président Trump, mais ils ont essayé de truquer tout le système. C’est quelque chose que je ne laisserai pas passer sous ma responsabilité (…) Il va y avoir des arrestations. Ça arrive. Je vous le promets, ça arrive bientôt.”
Si avec ça il ne sauve pas sa peau pour quelques temps encore !
“Indiscipliné, immature et narcissique” mais pas “stupide”
Je dois vous faire un aveu.
L’un des hommes politiques que j’écoute avec le plus d’attention aux États-Unis, c’est Chris Christie. Je ne parle pas forcément d’affinité idéologique avec cet ancien gouverneur républicain du New Jersey, mais de sa personnalité.
Je me souviens l’avoir suivi sous la neige dans le New Hampshire pendant la campagne primaire de 2016.
Drôle, charismatique, œil politique affûté.
Il a été le premier poids lourd du parti républicain à rallier le candidat Trump, qu’il a conseillé de très près pour ses campagnes en 2016 et 2020. Ils sont amis depuis des décennies, avant que Christie et Trump entrent en politique (la connexion s’est faite par la soeur, Maryanne Trump, qui était juge comme Christie).
Christie espérait devenir vice-président, ou ministre de la Justice, ou directeur de cabinet, mais le gendre du président, Jared Kushner, s’y est opposé (Christie a mis son père en prison quand il était procureur fédéral du New Jersey, oui oui le père Kushner, aujourd’hui ambassadeur à Paris).
Christie a pris ses distances avec Trump quand il a refusé de reconnaître sa défaite en 2020. Il est persuadé que c’est le président qui l’a contaminé avec le Covid alors qu’il l’entraînait pour un débat présidentiel, et que Trump ne lui avait pas dit qu’il avait été déclaré positif. Christie, en large surpoids, a failli mourir à l’hôpital.
Bon, et puis c’est un fin analyste de la situation politique, au point qu’ABC en a fait l’un de ses commentateurs de choix.
Il était il y a quelques jours à Harvard, à la Kennedy School of Government, qui forme les élites politiques du pays.
J’ai écouté son intervention, et deux points m’ont particulièrement intéressé.
L’un sur Trump. L’autre sur les démocrates.
D’abord Trump, qu’il décrit comme quelqu’un d’“indiscipliné, immature et narcissique”, mais pas “stupide”.
“Il sait qu’il est en difficulté. Quand cela arrive, il s’agite dans tous les sens, et c’est ce qu’il fait en ce moment. Il s’agite. C’est la meilleure façon d’expliquer ce que vous voyez aujourd’hui. Il n’est pas stupide. C’est un autre problème pour les démocrates.”
“Ils pensent qu’il est stupide. Il ne l’est pas. Il est indiscipliné, immature et narcissique, mais il n’est pas stupide. Ce n’est pas l’un de ses défauts.”
“Quand Trump s’échauffe au point de s’emporter, il est prêt à dire ou à faire n’importe quoi pour obtenir ce qu’il veut.”
“Ce qui se passe en ce moment, à mon avis, c’est qu’il sent que la présidence lui échappe.”
Mais je vous suggère aussi de lire ce qu’il dit sur les démocrates, à quelques mois des élections de mi-mandat dont ils sont les grands favoris.
“Leur problème, à mon avis, c’est qu’ils n’ont pas de nouvelles bonnes idées. Si j’étais à la tête du parti démocrate en ce moment, voilà ce que je ferais. Je prendrais tous les candidats démocrates, sortants et challengers, et je les enverrais dans les îles Turks-et-Caïcos jusqu’en novembre. Ne dites rien. Ne faites rien.”
“Taisez-vous. Vous avez l’air stupide aussi. Mais si vous allez à Turks-et-Caïcos jusqu’en novembre, vous n’énerverez personne et les électeurs regarderont tous Trump en se disant “on ne peut pas faire ça”. Très bien, on va voter. Pour qui ? Je ne sais pas vraiment. J’ai entendu dire qu’ils sont en vacances. Mais je vote pour eux.”
“Mais les démocrates ne feront pas ça. Et c’est ce qui rendra la situation plus compétitive qu’elle ne devrait l’être. Car ils seront là à parler de trucs complètement fous qui ont été rejetés par les électeurs. Pensez-y. Après le 6 janvier, après les inculpations, après la condamnation pour fraude, ils ont perdu contre lui.”
“Je veux dire, à quel point faut-il être mauvais pour que ça arrive ? Donc oui, on est dans une mauvaise passe en ce moment. Mais le fait est que leur problème, à mon avis, c’est qu’ils n’ont pas de nouvelles bonnes idées. Et le peuple américain cherche à être en colère et désespéré parce que c’est ce que Trump fait de vous.”
“Et ce qu’ils veulent, c’est que quelqu’un dise “Ok, je peux gérer ça. Je peux calmer ça.” Et au fait, voilà trois bonnes idées. Je ne parle pas d’un programme complet. Donnez-leur trois bonnes idées de bon sens que vous pouvez exprimer simplement et directement. Si vous êtes démocrate et que vous faites ça, vous pourriez gagner !”
Hambourgeois
C’est un symbole américain qui est menacé. Qui l’eût cru ?
Le hamburger, ce pilier de la culture populaire et de l’alimentation quotidienne, est en train de devenir… un produit bourgeois, un produit de luxe pour les classes moyennes.
J’ai découvert des chiffres étonnants dans Axios. Les prix du bœuf aux États-Unis restent proches de leurs records, et rien n’indique un retour à la normale à court terme. En mars, le prix du bœuf haché tournait autour de 6,70 dollars la livre, soit environ 16 % de plus qu’un an plus tôt. Et déjà l’an dernier, il avait franchi un seuil symbolique, plus de 6 dollars la livre, du jamais-vu depuis que ces données existent.
Le problème n’est plus une flambée passagère. Ca va durer.
La guerre commerciale et la guerre au Moyen Orient déclenchées par le président ne font qu’aggraver les choses.
La production américaine de bœuf devrait encore reculer en 2026, autour de 25,79 milliards de livres, selon les prévisions du ministère de l’Agriculture. Dans le même temps, le prix du bétail continue de grimper, attendu autour de 241 dollars par quintal.
Les États-Unis importent davantage pour compenser, pendant que leurs exportations reculent.
Le cheptel américain est tombé à son plus bas niveau depuis des décennies, après plusieurs années de sécheresse qui ont contraint les éleveurs à réduire leurs troupeaux. Et la reconstitution prend du temps. Beaucoup de temps. Plus de deux ans pour qu’un nouveau bétail arrive sur le marché.
Entre-temps, les coûts d’alimentation, de main-d’œuvre et de financement ont explosé. Même des prix élevés ne suffisent pas à relancer rapidement la production. Certains éleveurs, encore traumatisés par les cycles du marché, restent prudents.
Le système s’adapte comme il peut. Les bovins sont gardés plus longtemps pour produire des carcasses plus lourdes. Les importations augmentent, notamment en provenance d’Australie, du Brésil ou de Nouvelle-Zélande. Mais cela ne compense pas entièrement la baisse de la production nationale.
Et de nouveaux chocs viennent compliquer l’équation. Suspension temporaire des importations de bétail mexicain pour des raisons sanitaires. Grèves dans des abattoirs. Menace de droits de douane supplémentaires sur le bœuf brésilien, qui représente près d’un quart des importations américaines. Les prix restent sous pression.
Selon les économistes, il y a désormais un déséquilibre durable entre l’offre et la demande, amplifié par l’inflation.
Les comportements commencent à évoluer.
Face à ces prix élevés, les consommateurs se tournent vers des protéines moins chères, comme le poulet ou le porc. Classique en période d’inflation. Mais cela pourrait durer.
Vous l’avez compris, le hamburger change de statut.
Ce qui était un produit du quotidien devient peu à peu un marqueur économique. Un petit luxe.
Et dans un pays où la nourriture est aussi une culture, un imaginaire, une identité, cette transformation n’est pas anodine. Elle nourrit une colère diffuse sur la hausse des prix.
L’élection de 2024 s’était jouée en partie sur l’inflation, et notamment sur la promesse de faire baisser le prix des œufs et du bacon.
Le hamburger sera-t-il le symbole des élections de 2026 ?
Ultrariche, et alors ?
Les inégalités d’argent sont bien plus visibles aux États-Unis qu’en Europe. Mais en lisant le New York Times, je me suis demandé si elles n’étaient pas en train de devenir encore plus visibles.
Et si les ultra-riches montraient de plus en plus leur richesse ?
Pendant des décennies, il existait une forme d’hypocrisie. Les multimilliardaires pouvaient accumuler des fortunes vertigineuses, à condition de rester discrets. Warren Buffett qui gare sa vieille Cadillac devant sa modeste maison d’Omaha. Mark Zuckerberg en sweat à capuche. Une richesse immense, mais atténuée par une esthétique de simplicité.
Ce pacte est peut-être en train de disparaître.
Dans un portrait amusant, dont j’ai décidé de faire mon 📚 Food for Thought, Amy Chozick du New York Times raconte comment Lauren Sánchez Bezos, nouvelle épouse de Jeff Bezos, incarne une rupture culturelle.
Une femme qui ne s’excuse pas. Qui ne se cache pas. Qui revendique le plaisir.
“Beaucoup de choses rendent Lauren Sánchez Bezos ridiculement heureuse. Les hélicoptères. La mode.”
Tout est là. Une joie débordante, assumée, presque mise en scène.
Leur quotidien ressemble à une mise en scène. Réveil à 6 heures dans leur propriété à 230 millions de dollars à Miami, sur une île surnommée “Billionaire Bunker”. Pas de téléphone. Une liste quotidienne de dix choses pour lesquelles ils sont reconnaissants. Café au lever du soleil, pickleball, entraînement physique six jours sur sept.
“Elle aimait penser qu’elle était 20 % plus heureuse que la moyenne.”
Ce qui frappe, ce n’est pas sa richesse. On la connaît. C’est l’absence totale de retenue.
Mariage à Venise, trois jours de fête, 200 invités. Défilés de couture. Apparitions calibrées.
“Après des années marquées par la crise financière, les confinements liés à la pandémie et une certaine gravité morale, l’exubérance assumée des riches est de retour.”
Et peut-être plus encore. Le portrait suggère que ce couple marque un tournant. Le moment où l’argent américain cesse de s’excuser.
Mais cette joie pose une question.
Elle n’existe pas dans le vide.
Pendant que Lauren Sánchez Bezos enchaîne les défilés à Paris, Amazon licencie. Pendant que le couple finance des projets, il est critiqué pour ne pas donner assez.
Elle le dit elle-même :
“Ce que vous voyez ne représente que 5 % de ma vie.”
Peut-être. Mais c’est ce 5 % qui compte. Celui dont elle veut faire un symbole.
Le portrait montre aussi une relation étrange à la critique.
“Ils ont une relation symbiotique avec la presse et leurs détracteurs… plus ils suscitent d’indignation, plus ils persistent.”
Plus ils provoquent, plus ils assument.
C’est peut-être ça, la vraie rupture. Une élite qui ne cherche plus à se faire discrète, mais qui embrasse pleinement le spectacle.
Lauren Sánchez Bezos le résume presque malgré elle :
“Avec le bon état d’esprit et une richesse vertigineuse, tout est possible.”
Mais tout pour qui ?
“Je veux du positif. Je veux simplement offrir des fleurs à tout le monde.”
Et cette phrase :
“Parfois, j’ai l’impression d’être sur une autre planète.”
C’est exactement ce que beaucoup de lecteurs ont certainement ressenti en lisant cet article.
Un autre monde.
Thank you and goodbye.
PhC
Dans ce climat de tension, même le cœur de l’État vacille. Le directeur du FBI Kash Patel va sur Fox pour plaider sa cause auprès du président, devant son poste. Prêt à tout pour sauver sa peau, malgré ses multiples absences alcoolisées qui mettent en danger la sécurité nationale. Il incarne une administration sous pression, qui craint de perdre le contrôle.
Un vieil ami (devenu ennemi) du président décrypte un Trump “indiscipliné, immature et narcissique”, mais dangereux précisément parce qu’il n’est pas “stupide”. Et il étrille des démocrates incapables de proposer une alternative claire.
Dans Zeitgeist, je vais aussi vous raconter pourquoi le hamburger devient un produit de luxe, symbole d’une inflation durable qui pèse sur les classes moyennes et pourrait marquer les élections de 2026.
Et un basculement culturel. Pourquoi les ultra-riches ne veulent plus s’excuser. Une nouvelle ère où la richesse se montre, s’assume, et se met en scène.
Je vous prie de m’excuser d’utiliser ce cliché journalistique, mais ce matin, nous sommes bien à un moment charnière de cette guerre.
Le président Trump avait annoncé qu’elle durerait 4 à 6 semaines.
Elle vient d’entrer dans sa huitième semaine.
Le vice-président Vance, le gendre du président Kushner et son représentant spécial Witkoff sont sur le chemin du Pakistan pour une nouvelle série de négociations.
Téhéran envoie des signaux contradictoires, laissant planer le doute sur sa participation.
Comme l’écrit sur X Ben Rhodes, l’ancien adjoint au conseiller à la sécurité nationale du président Obama, “La combinaison de l’incohérence de Trump, de la belligérance de Netanyahu et de la primauté du Corps des gardiens de la révolution islamique dans la politique iranienne n’est pas la meilleure recette pour une désescalade.”
Tout se joue autour du détroit d’Ormuz, où la tension est brutalement remontée ce week-end.
Les États-Unis viennent de franchir un nouveau seuil. Les images faisaient la une des journaux télévisés ce dimanche soir sur les chaînes américaines.
Un destroyer a tiré sur un cargo battant pavillon iranien qui tentait de contourner le blocus naval imposé par Washington. Après plusieurs heures d’avertissements, le navire a été immobilisé, puis pris par des Marines américains. C’est la première fois depuis le début du blocus qu’une opération de ce type est menée par la force.
Avant cela, l’Iran avait tiré sur des navires commerciaux dans la zone, pour réaffirmer son contrôle sur le détroit, qui avait été brièvement rouvert quelques jours plus tôt. Ce matin, le trafic est à nouveau paralysé, la situation devient de plus en plus explosive, à deux jours de l’expiration du cessez-le-feu.
Et le président américain l’a dit clairement à un journaliste d’ABC qui a réussi à le joindre par téléphone. Soit un accord est trouvé, soit les frappes reprendront. Lui croit toujours qu’il peut obtenir un accord de paix :
“Ça va arriver. D’une manière ou d’une autre. De la manière douce ou de la manière dure. Ça va arriver.”
La guerre devient de plus en plus impopulaire. Plus de deux tiers des Américains désapprouvent la gestion du président de cette guerre, selon un sondage commandé par NBC.
L’optimisme de Wall Street dont je vous parlais dans les derniers numéros de Zeitgeist s’émousse, avec le prix du pétrole qui repart à la hausse.
Le secrétaire à l’Énergie Chris Wright a dû reconnaître sur CNN que les Américains risquent de ne pas revoir de sitôt les 3 dollars le gallon d’avant-guerre.
“CNN : Selon vous, quand est-il réaliste pour les Américains d’espérer que l’essence repasse sous les 3 dollars le gallon ? »
Wright : “Je ne sais pas, cela pourrait arriver plus tard cette année. Cela pourrait ne pas arriver avant l’année prochaine.”
C’est à dire après les élections de mi-mandat début novembre.
Les prochains jours vont être décisifs.
Si les négociations échouent, ou si elles n’ont même pas lieu, le cessez-le-feu pourrait voler en éclats.
Et la guerre reprendre.
Le message présidentiel envoyé à l’aube ce dimanche matin donnait le ton.
“Nous proposons un ACCORD très juste et raisonnable, et j’espère qu’ils l’accepteront parce que, sinon, les États-Unis vont détruire chacune des centrales électriques et chacun des ponts en Iran. FINI MR. NICE GUY ! ! Ils céderont vite, ils céderont facilement et, s’ils n’acceptent pas l’ACCORD, ce sera un honneur pour moi de faire ce qui doit être fait, ce qui aurait dû être fait à l’Iran par d’autres présidents depuis 47 ans. IL EST TEMPS DE METTRE FIN À LA MACHINE À TUER IRANIENNE ! Président DONALD J. TRUMP”
J’ai découvert ces derniers messages menaçants de “MR. NICE GUY”, Monsieur Gentil, après avoir lu une enquête informée et inquiétante du Wall Street Journal, qui permet de mieux comprendre ce que fait Donald Trump.
Elle est titrée “Derrière la fanfaronnade publique de Trump sur la guerre, il est aux prises avec ses propres peurs.”
L’enquête du WSJ révèle un contraste (un fossé ?) entre l’image publique de fermeté de Trump et ses inquiétudes en privé à propos de la guerre contre l’Iran.
Pendant que la guerre s’enlise, Donald Trump semble déjà ailleurs. Lassé du conflit, il préfère parler de son projet de salle de bal à la Maison Blanche, ou plaisanter en suggérant qu’il pourrait s’attribuer la Medal of Honor, la plus haute décoration militaire.
Il improvise, au fil de ses intuitions, alors que ses propres conseillers confient en privé qu’il cherche avant tout une porte de sortie. Au point, selon plusieurs témoignages recueillis par le WSJ, que les militaires eux-mêmes filtrent l’information qu’ils lui transmettent, jugeant son comportement trop erratique et impatient pour être intégré en temps réel aux décisions les plus sensibles.
Derrière ses déclarations martiales et ses menaces spectaculaires, le président est surtout inquiet, obsédé par le risque d’un échec humiliant, comme celui qui a condamné la présidence de Jimmy Carter lors de la crise des otages de 1979.
Son style reste toujours le même, impulsif et déroutant, entre escalade verbale extrême et volonté de négocier. Il va jusqu’à adopter volontairement un ton en apparence instable pour faire pression sur l’Iran. Mais ce que détaille cette enquête du Wall Street Journal, à ne pas rater, c’est que cette stratégie de “MR. NICE GUY” masque une réelle peur.
Je vous raconte.
Comme souvent chez lui, il se disperse, passe d’enjeux militaires critiques à des sujets secondaires comme la levée de fonds ou la construction de la salle de bal de la Maison Blanche dont il parle sans cesse (“Le président a mis en avant publiquement son projet de salle de bal environ un tiers des jours cette année” selon un décompte du Washington Post publié hier).
L’enquête du Wall Street Journal montre aussi un président isolé, profondément irrité par ses alliés européens, ultra-attentif aux marchés et aux sondages, et bien conscient que la guerre est en train de devenir un fardeau politique.
C’est bien pour cela qu’il veut en sortir au plus vite.
Oh il se vante de quelques succès militaires. Mais l’absence de stratégie claire et les messages contradictoires ne font que nourrir l’incertitude. Comme souvent chez lui, il oscille entre intuition et mise en scène.
Voici quelques extraits de cette enquête très riche du Wall Street Journal :
“Il semblait que l’appétit de Donald Trump pour le risque s’était épuisé, et que ses peurs étaient en train de monter.”
“Trump a crié sur ses collaborateurs pendant des heures. Les Européens n’aident pas, répétait-il. Le prix de l’essence atteignait en moyenne 4,09 dollars. Les images de la crise des otages iraniens de 1979 — l’un des plus grands échecs de politique étrangère d’une présidence récente — occupaient une place centrale dans son esprit, selon des personnes qui lui ont parlé.
“Si vous regardez ce qui est arrivé à Jimmy Carter… avec les hélicoptères et les otages, cela leur a coûté l’élection”, avait déclaré Trump en mars. “Quel désastre.””
“Un président qui prospère dans le drame apporte une version encore plus intense de son approche non orthodoxe et maximaliste à une nouvelle situation : faire la guerre. Il oscille entre des approches belliqueuses et conciliantes, tout en mesurant en coulisses à quel point les choses pourraient mal tourner.
Dans le même temps, le président perd parfois le fil, passant du temps sur les détails de ses projets de salle de bal à la Maison Blanche ou sur des levées de fonds pour les élections de mi-mandat — et disant à ses conseillers qu’il veut passer à d’autres sujets.”
“Trump est confronté à sa propre peur d’envoyer des troupes au combat, où certains seront blessés et d’autres ne reviendront pas, comme d’autres présidents en temps de guerre, selon des personnes au fait du dossier.
Trump a résisté à l’idée d’envoyer des soldats américains s’emparer de l’île de Kharg, par exemple, point de départ de 90 % des exportations de pétrole iranien. Alors qu’on lui assurait que l’opération réussirait, et que la prise du territoire donnerait aux États-Unis accès au détroit, il craignait des pertes américaines inacceptables, selon ces sources. “Ils seraient des cibles faciles”, a-t-il déclaré.
Malgré cela, il a fait des déclarations risquées sans consulter son équipe de sécurité nationale — y compris un message évoquant la destruction de la civilisation iranienne — estimant qu’apparaître instable pouvait pousser les Iraniens à négocier.”
“La décision de Trump de s’engager dans la guerre a surpris beaucoup de ceux qui le connaissaient le mieux. “Du sang et du sable”, disait-il à ses conseillers lors de son premier mandat pour décrire la région, expliquant pourquoi il ne voulait pas être entraîné dans un conflit au Moyen-Orient.
Trump a oscillé, selon ses proches, entre la prise en compte des inquiétudes économiques lors d’échanges avec ses conseillers (…) et l’affirmation qu’il allait poursuivre la guerre. Il leur disait qu’il fallait surveiller les marchés, et ses paroles avaient souvent un impact sur eux.
Mais Trump a rapidement commencé à ruminer sur la manière dont l’action militaire pourrait tourner à la catastrophe.”
À méditer pour comprendre ce qui pourrait se passer dans les prochains jours.
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Quand le FBI titube
Cela pourrait être une scène gagesque de la série culte Veep, qui raconte avec un humour cynique les coulisses du pouvoir à Washington, dans un chaos politique fait d’incompétence, d’ego et de communication absurde.
Un vendredi soir d’avril, le directeur du FBI, Kash Patel, un ultratrumpiste placé à la tête de l’une des institutions les plus sensibles des États-Unis, s’apprête à quitter son bureau. Il n’arrive plus à se connecter à un système informatique interne. En quelques minutes, il en est convaincu, c’est fini. La Maison Blanche vient de le licencier. Il appelle frénétiquement ses proches, ses alliés, annonce qu’il a été renvoyé. Dans les couloirs du FBI, la rumeur se propage aussitôt. Qui est désormais à la tête de l’agence ?
Personne. Ou plutôt, toujours lui.
Ce n’était qu’un bug informatique, rapidement résolu. Mais cet épisode, raconté dans une enquête de The Atlantic, est très révélateur.
Je vous ai parlé ces dernières semaines dans Zeitgeist de l’ambiance de purge qui règne à Washington parmi les fidèles trumpistes que le président a placés à la tête de départements importants pour les récompenser de leur fidélité. Et pour s’assurer de ne pas être empêché d’appliquer ses projets par des empêcheurs de tourner en rond, des tenants de l’État profond, comme pendant son premier mandat. La procureure générale (ministre de la Justice) Pam Bondi a été chassée, dans la foulée de Kristi Noem, à la tête du département de la sécurité intérieure.
Les rumeurs donnent Tulsi Gabbard, la directrice nationale du renseignement, sur le départ.
Ainsi Kash Patel est persuadé que son poste est menacé.
Dans l’administration Trump, certains discutent déjà de son remplacement. Tout le monde attend le moment où la décision tombera.
La Maison Blanche dément. Sa porte-parole assure que Patel reste un élément clé de la politique de sécurité du président. Le principal intéressé répond que tout est faux, et qu’il ira devant les tribunaux. Mais derrière ces démentis, les témoignages recueillis par The Atlantic dessinent un portrait beaucoup plus inquiétant.
Plus de deux douzaines de sources, issues du FBI, du ministère de la Justice, du monde politique ou du lobbying, décrivent un dirigeant erratique, suspicieux, prompt à tirer des conclusions sans preuves. Elles évoquent surtout des comportements qui dépassent le simple style de management. Plusieurs parlent de consommation d’alcool excessive, régulière, visible.
Je vous avais raconté dans Zeitgeist son déplacement très controversé à Milan pour la finale olympique de hockey, et la beuverie dans le vestiaire.
Kash Patel serait connu pour boire jusqu’à l’ivresse dans certains lieux prisés à Washington, notamment le club Ned’s, ou à Las Vegas, où il passe une partie de ses week-ends. Des réunions auraient dû être décalées à cause de nuits trop arrosées. Sur certaines missions, ses propres équipes de sécurité auraient eu du mal à le réveiller.
Selon l’enquête, une demande d’équipement de “breach”, utilisé par des unités d’intervention pour forcer une porte, aurait été envisagée pour accéder à une pièce où il était enfermé et injoignable. Au ministère de la Justice, dont dépend le FBI, l’usage excessif d’alcool est interdit, notamment parce qu’il expose les responsables à des risques de manipulation par des puissances étrangères
New York Times
.Le directeur du FBI est censé être disponible à tout moment, capable de prendre des décisions rapides dans des situations de crise. Or plusieurs responsables décrivent un dirigeant très souvent absent, difficile à joindre, qui ralentit des enquêtes sensibles. Dans certains cas, des décisions urgentes ont été retardées. Des agents expérimentés, habituellement réputés pour leur sang-froid, auraient perdu patience face à ces blocages.
Que se passe-t-il en cas d’attentat, si le patron du FBI est injoignable ? Un responsable raconte que c’est ce qui l’empêche de dormir.
Kash Patel n’est pas un accident. Sa nomination, au début de l’année 2025, était déjà controversée. Ce collaborateur proche de Donald Trump, y compris quand beaucoup l’ont lâché après son départ du pouvoir en 2021, s’était fait connaître par ses positions très dures contre ce qu’il considère comme un “État profond” hostile au président. Il a défendu des théories controversées, notamment sur le rôle du FBI dans l’attaque du Capitole le 6 janvier 2021. Sa confirmation au Sénat s’était jouée à une voix près.
Il a reçu pour mission de transformer le FBI. Et il s’y est employé. Depuis son arrivée, il a lancé des purges internes visant les agents impliqués dans les enquêtes sur Trump ou perçus comme hostiles. Des licenciements, des pressions pour pousser certains à partir, des investigations internes. Dans certains cas, des employés ont été soumis à des tests au détecteur de mensonge pour identifier d’éventuelles fuites, mais aussi pour savoir s’ils avaient critiqué le directeur ou le président.
Le résultat, selon plusieurs anciens responsables, est une institution fragilisée au turnover élevé. Un ancien haut responsable du renseignement évoque une disparition progressive de cette expérience qui permet d’identifier et de prévenir rapidement une menace.
Et pourtant, Kash Patel tient toujours. Parce qu’il incarne ce que Donald Trump attend de lui. Un dirigeant prêt à utiliser l’appareil fédéral pour cibler des adversaires politiques ou personnels. Dans un livre publié en 2023, il dressait déjà une liste de responsables qu’il accusait de corruption ou de déloyauté. J’y avais consacré un épisode du podcast Zeitgeist (à l’époque où j’avais encore le loisir de décliner Zeitgeist en podcast…). Il a également évoqué la possibilité de poursuivre des journalistes pour leur couverture de l’élection de 2020.
Cette loyauté politique le protège. Mais elle a ses limites. Selon plusieurs sources, Trump lui-même s’agace parfois de ses prestations publiques ou du rythme de certaines enquêtes. Et surtout, des récits sur son mode de vie circulent de plus en plus. L’usage de l’avion du FBI à des fins personnelles, les soirées, les excès. Des éléments qui pourraient, à terme, attirer l’attention du président, qui ne boit pas et a été marqué par l’alcoolisme de son frère.
Au fond, ce que raconte The Atlantic dépasse largement le cas individuel de Kash Patel. C’est le portrait d’une institution qui fonctionne au ralenti, sous tension, traversée par la défiance. Des agents qui doutent de leur hiérarchie. Une chaîne de commandement incertaine. Et une mission essentielle, protéger le pays, qui dépend d’un homme dont la présence et la lucidité sont, selon plusieurs témoignages, variables.
Un responsable du FBI confie à The Atlantic qu’une partie de lui est soulagée quand le directeur se perd dans des préoccupations secondaires, parce que cela limite les dégâts. Mais cela signifie aussi qu’il n’y a pas vraiment de pilote.
Et dans une période de guerre et de tensions, ce vide au sommet est peut-être ce qu’il y a de plus inquiétant.
Dézoom
Comme ces révélations sont embarrassantes, et qu’il sait que le président n’aime pas ça, Kash Patel est allé hier matin sur Fox News, dans l’une des émissions que son patron suit avec le plus d’attention, celle de son amie Maria Bartiromo.
Les yeux écarquillés, Patel espérait ainsi s’adresser directement au président, sur un ton désespéré, pour sauver son poste.
Il annonce d’abord qu’il va poursuivre The Atlantic pour diffamation.
Maria Bartiromo : “The Atlantic affirme que vous avez un problème d’alcool, qui nuirait à votre travail à la tête du FBI. Quelle est votre réponse ce matin à cet article ?”
Kash Patel : “(…) Les résultats parlent d’eux-mêmes. Si la mafia des fake news ne vous attaque pas personnellement avec des accusations sans fondement à Washington, alors vous ne faites pas votre travail. Et c’est encore plus fort aujourd’hui parce que ce FBI, sous le leadership brillant du président Trump, a permis d’avoir l’Amérique la plus sûre de l’histoire de notre pays.)”
Et Patel enchaîne sur un sujet dont il sait qu’il va ravir le président devant son poste. Il va démontrer que l’élection de 2020 était “rigged”, truquée.
“Je suis aux côtés du président presque depuis le premier jour sur ce sujet (…) Je ne laisserai jamais tomber. Parce qu’ils n’ont pas seulement attaqué la présidence des États-Unis et le président Trump, mais ils ont essayé de truquer tout le système. C’est quelque chose que je ne laisserai pas passer sous ma responsabilité (…) Il va y avoir des arrestations. Ça arrive. Je vous le promets, ça arrive bientôt.”
Si avec ça il ne sauve pas sa peau pour quelques temps encore !
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“Indiscipliné, immature et narcissique” mais pas “stupide”
Je dois vous faire un aveu.
L’un des hommes politiques que j’écoute avec le plus d’attention aux États-Unis, c’est Chris Christie. Je ne parle pas forcément d’affinité idéologique avec cet ancien gouverneur républicain du New Jersey, mais de sa personnalité.
Je me souviens l’avoir suivi sous la neige dans le New Hampshire pendant la campagne primaire de 2016.
Drôle, charismatique, œil politique affûté.




























