LVMH : la guerre de succession EPISODE 2

 

« Je sais énormément de choses » : Hélène Mercier-Arnault, l’épouse incontrôlable qui veut faire croire à l’unité du clan Arnault

Enquête  Pour comprendre les enjeux de la bataille de succession pour LVMH au sein de la famille Arnault, « le Nouvel Obs » a enquêté durant des mois. Le deuxième épisode de notre série se concentre sur Hélène Mercier-Arnault, la seconde épouse de Bernard Arnault.

Par  Camille Vigogne Le Coat et Clément Lacombe

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Bernard Arnault et son épouse, Hélène Mercier-Arnault, arrivent au palais de l’Elysée pour un dîner d’Etat officiel, à Paris, le 5 novembre 2024.

Bernard Arnault et son épouse, Hélène Mercier-Arnault, arrivent au palais de l’Elysée pour un dîner d’Etat officiel, à Paris, le 5 novembre 2024. LUDOVIC MARIN/AFP

Pour aller plus loin

Chez les Arnault, comme dans tant de familles, l’histoire est souvent passionnelle, pas toujours rationnelle, avec ses rivalités et ses non-dits. Ses conséquences sont en revanche hors du commun vu le poids de LVMH, le groupe de Bernard Arnault, dans l’économie française. Au cœur des turbulences actuelles, la question de l’identité du successeur, pour remplacer le père, le jour venu, à la tête de l’entreprise à laquelle il a consacré sa vie. Découvrez le deuxième volet de notre enquête.


Un autre personnage vient compliquer cet équilibre précaire. Hélène Mercier-Arnault, épouse de Bernard depuis 1991, mère de ses trois derniers enfants, donc, et au franc-parler légendaire. A ceux qui évoquent devant elle le besoin de son mari de tout régenter, elle a coutume de répondre : « Si mon mari était un obsessionnel du contrôle, vous croyez vraiment qu’il aurait épousé une femme comme moi ? » Dans les magazines de mode, son visage blond aux lèvres pincées et aux yeux rieurs apparaît invariablement à côté de celui de son mari lors des défilés de haute couture. Dans le civil, cette pianiste de 66 ans est concertiste, souvent dans des avions entre Paris et Samarcande, Pékin, ou New York – liste non exhaustive…

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Au sein de la haute société parisienne, habituée à se retrouver aux remises de Légion d’honneur et aux dîners d’Etat à l’Elysée, elle est connue autant pour son accent québécois que pour ses propos sans filtre (elle dit « franche »). Capable de rester cinq heures à la terrasse d’un café pour raconter sa vie, la volubile Canadienne, amie de Gims, instinctive et hypersensible, détonne dans cette famille originaire du nord de la France, où la pudeur et la discrétion sont de mise. Autant de qualités très éloignées du caractère impulsif de celle qui confesse parfois, en riant, vouloir, en cas de duel entre Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, voter sans hésitation pour l’insoumis… Une hérésie parmi d’autres, dans une maison où la peur de la gauche se transmet de génération en génération et où le père s’évertue à militer auprès d’Emmanuel Macron et de ses Premiers ministres successifs contre les hausses d’impôts et les politiques redistributives.

Les dirigeants de LVMH s’étranglent

Ces dernières semaines, celle qui était jusqu’ici toujours restée très discrète a aussi multiplié les sorties dans les médias. Dans l’émission « Sept à huit » de TF1, chez Marc-Olivier Fogiel sur RTL, chez Léa Salamé sur France 2… Officiellement, pour le lancement de son nouveau disque. Officieusement, pour faire taire les rumeurs d’une lutte de pouvoir entre les cinq enfants de son mari et dire devant des millions de téléspectateurs ce qu’elle affirme, en privé, depuis des mois. « Il n’y a pas deux familles, juste une famille. Les enfants ont grandi ensemble. Il n’y a pas de dissension, mais des gens qui veulent créer de la dissension », répète à qui veut l’entendre Hélène Mercier-Arnault.

Lancée dans le dos des communicants officiels de LVMH et pour partie de son mari (il n’a appris le passage de son épouse dans l’émission « Quelle époque ! » qu’après l’enregistrement), la campagne n’a pas apaisé les esprits, mais produit l’effet inverse. Dans un clan si soucieux de sa sécurité, personne n’a aimé, pas même ses enfants, qu’elle livre à TF1 la photo familiale prise à la fin du dîner de Noël. Un cliché où apparaissent, le visage caché par des cœurs, les petits-enfants et les petits-neveux de Bernard Arnault. Voilà que, au sein de la famille, on la soupçonne désormais d’avoir, sciemment et discrètement, instrumentalisé les petits-enfants pour fournir aux médias une photo qui colle à son narratif.

Une famille et un groupe.

Une famille et un groupe. « LE NOUVEL OBS »

Ce n’est pas tout. Quand la femme du plus riche des Français se laisse aller sur RTL à des considérations sur le niveau d’imposition (« il y a eu beaucoup d’exagérations au niveau des taxes en France ») ou sur l’utilité de la dépense sociale (« où va l’argent  ? »), les dirigeants de LVMH s’étranglent. Ils savent le sujet ultrasensible, tant Bernard Arnault incarne l’explosion des inégalités et la concentration des patrimoines. Le patriarche a lui-même ordonné la discrétion à ses enfants, surtout sur les réseaux sociaux. Aucune photo ne montre le plus riche des Français dans son jet privé ou allongé sur son yacht de plus de 100 mètres de long… Quelques jours plus tard, des extraits de cette interview à la radio, coupés au montage, fuitent dans la presse. Interrogée sur le sort des SDF par Marc-Olivier Fogiel, la milliardaire Hélène Mercier-Arnault affirme que cela peut être « aussi un choix de vie ». Bad buzz assuré, dans les médias et sur les réseaux qui crient à l’indécence. S’ensuivra une nouvelle émission de télévision, une séance d’explications et de larmes chez Léa Salamé, le 4 avril, avec le récit d’une sœur bipolaire et aujourd’hui décédée qui s’était éprise d’un sans-abri, jusqu’à vouloir vivre avec lui…

Les aînés, Delphine et Antoine Arnault, se sont étouffés, aux dires de leurs amis, en entendant celle qui a joué un rôle central dans le déclenchement du conflit familial oser se poser en garante de l’unité. « Un vrai numéro d’Actors Studio », auraient-ils confié à un proche, au sujet de celle qui leur avait interdit de prononcer, à table, le nom de leur mère, Anne Dewavrin, première épouse du milliardaire, dont il a divorcé en 1990. « Je suis sa femme, pas sa deuxième femme », rouspète parfois la pianiste à la lecture des journaux qui la présentent ainsi. La mère d’Alexandre, Frédéric et Jean a beau jurer le contraire, montrer à ses invités les albums photos des moments partagés avec les aînés de son mari (un week-end sur deux et les vacances jusqu’à leurs 18 ans), assurer les aimer comme ses enfants, Antoine et Delphine ne se sont jamais sentis acceptés par la Québécoise. Comment le pourraient-ils ? La concertiste, qui s’exprime sans retenue, peut bombarder ses proches de SMS quand elle est contrariée, et n’hésite pas à intimider les membres de sa propre famille. « Je sais énormément de choses », « tout le monde ne pourra pas continuer à se cacher comme ça », menace-t-elle parfois par texto, en insistant ici sur des infidélités supposées, là sur un complot ourdi pour nuire au groupe ou à son mari.

Tous ont encore en mémoire l’épisode de janvier 2023, et la crise qui a suivi la désignation de Delphine Arnault comme PDG de Dior, un des cœurs battants de LVMH et la maison chérie sur laquelle Bernard Arnault a bâti son empire… Une promotion qui provoque alors la fureur d’Hélène (le poste était convoité par son fils Alexandre). Est-ce parce que Delphine partage déjà, à la ville, la vie de Xavier Niel (actionnaire minoritaire du « Nouvel Obs »), avec lequel elle a eu deux enfants, que sa nomination est vécue comme pouvant dénaturer les équilibres internes  ? Le patron de Free, autodidacte remuant et bavard, qui aime se dire contre l’héritage tout en ayant épousé la plus riche des héritières, est un ovni dans cette famille où, si l’on accumule les milliards, on ne parle jamais d’argent à table. Hélène Mercier-Arnault a d’abord apprécié le personnage, jugé fantasque, avant de le considérer comme la source de tous ses malheurs. Pourquoi Xavier s’intéresse-t-il autant à LVMH et à ses différents business ? Et s’il poussait Delphine à forcer sa nature pour viser le poste de PDG ? L’opération a beau être juridiquement impossible, il n’a pas échappé à Hélène Mercier-Arnault que dans la série « Succession », regardée pendant ses séances de sport, le pouvoir finit par échoir au gendre du milliardaire… Deux jours après l’annonce de la nomination de Delphine chez Dior, le 11 janvier 2023, un message kilométrique d’Hélène Mercier-Arnault s’affiche sur le téléphone de Xavier Niel, l’accusant, entre autres, de « mythomanie » et de « jalousie ». Le SMS fera le tour des enfants, et se retrouvera même sur la table de quelques ministres, abasourdis par la violence de cette famille en apparence si bien élevée.

Depuis, la situation n’a guère évolué. Chaque article sur la fratrie ou sur son mari est vu, par Hélène Mercier-Arnault, comme une commande de celui qu’elle peut qualifier, devant Brigitte Macron, de « maléfique ». L’été dernier, Emmanuel Macron lui-même a passé de longues minutes à tenter de convaincre l’épouse de Bernard Arnault de se réconcilier avec son ami Niel, lors d’un dîner à l’Elysée. Un échec. Quand « la Lettre » – un média d’informations confidentielles réservé à un public averti – dresse le bilan de son fils Frédéric chez l’horloger Tag Heuer et son échec dans les montres connectées, pour elle, c’est l’œuvre de Niel. Quand BFM publie les mauvais chiffres du joaillier américain Tiffany, dont Alexandre Arnault était un des dirigeants, c’est encore Niel. Quand « le Nouvel Obs » consacre, en octobre 2024, sa couverture à Bernard Arnault et à son influence politique, c’est toujours Niel (faut-il préciser que ce n’est bien évidemment pas le cas ?). Une méfiance désormais partagée à demi-mot par Frédéric et Alexandre, qui suspectent leur beau-frère d’être trop bavard et d’éprouver un certain plaisir à mettre de l’huile sur le feu. « Une sacrée envie de foutre le bordel, comme le titre de son livre », a lâché l’un d’entre eux en petit comité, au sujet de Xavier Niel.

Les ambitions s’affinent

Le conflit a fini par s’étendre à tout le clan : plus aucun message ne passe entre le téléphone de la pianiste et celui d’Antoine Arnault, qui a bloqué le numéro de sa belle-mère depuis avril 2025. En cause, un petit article du magazine « Capital » évoquant la succession, une colère d’Hélène, et des menaces à l’encontre de celui qui est chargé de veiller à la bonne image du groupe. « As-tu conscience de la situation catastrophique que tu es en train de créer dans notre famille ? » lui écrit, en substance, son beau-fils dans un dernier message. Un SMS qui circulera, lui aussi, de proches en proches. Un an plus tard, la situation n’a pas changé. Hélène Mercier-Arnault n’était présente ni à la remise de la Légion d’honneur de Delphine (en juillet 2025, à l’Elysée) ni à celle d’Antoine (en septembre 2025, au Pavillon Ledoyen). La pianiste était – officiellement – retenue à l’étranger pour ses concerts. Xavier Niel, lui, n’était pas le bienvenu au dernier repas de Noël de la famille au domicile du couple Arnault, ni, avant cela, aux réceptions ayant suivi les baptêmes des nouveau-nés de la fratrie.

◗ Le troisième épisode de « LVMH, la guerre de succession » sera disponible vendredi matin sur note site.
◗ Une enquête à découvrir également en couverture de notre magazine de la semaine.

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