Chronique 





Il suffirait de presque rien chantait Regiani ..

Une fuite.

Deux déclarations officielles vaguement contradictoires.

Trois images en boucle.

Et voilà.

En moins de 24 heures, chaque chaîne nous sert son “récit” du raid.

Pas une information supplémentaire, non. Un récit.

Avec ses « experts ».

Ses “sources proches du dossier”.

Ses hypothèses présentées avec le sérieux d’un plan de vol… mais sans carte !

Alors on brode.

À partir de quoi ?

Des mêmes fuites organisées pour tout le monde.

Autrement dit, la même propagande — américaine d’un côté, iranienne de l’autre.

Et chacun pioche dans le même garde-manger :

un peu de moutarde du Pentagone,

une pincée de poivre iranien,

et beaucoup d’air pour faire prendre la sauce.

On reconstruit minute par minute une opération que personne — absolument personne en dehors de quelques bureaux à Washington — ne connaît réellement en détail.

On explique pourquoi un avion s’est posé en urgence. Puis deux. Puis peut-être davantage, selon l’heure et la chaîne.

Panne, bien sûr. Toujours une panne pour les uns, abattu pour les autres.

Et la vérité, parfois, se glisse entre les deux : un avion peut être en panne… parce qu’il a été touché. 😜

Mais si l’on commence à pinailler sur les mots, on entre alors dans le grand journalisme.

Pendant ce temps-là, les deux seuls faits à peu près solides tiennent sur un timbre-poste :

des appareils posés pour cause de panne, puis détruits volontairement, et un pilote récupéré.

Le reste ?

Une gigantesque opération de remplissage.

Il faut parler.

Il faut meubler.

Il faut surtout ne pas dire “on ne sait pas”.

Alors on sait tout.

Ou plutôt : chacun sait quelque chose de différent.

Sur les plateaux, les « experts » se succèdent.

Experts de tout, surtout de ce qu’ils ne peuvent pas vérifier… et donc de ce qui ne peut pas être contredit.

Un terrain confortable.

Et à la fin, le téléspectateur assiste à un phénomène fascinant :

plus il y a de chaînes, moins il y a d’informations concordantes.

Mais plus il y a d’histoire.

Alors, il faut être juste.

Saluons le travail remarquable des journalistes — ou plutôt des conteurs — et des experts de plateau.

Avec si peu d’éléments vérifiables, réussir à produire autant de certitudes relève soit de l’exploit, soit d’une imagination débordante.

Dans les deux cas, chapeau.

Ce n’est plus de l’information.

C’est de la haute cuisine.

Et la mayonnaise, elle, monte toujours très bien !

Et pendant ce temps-là, quelque part sur une chaîne d’info en continu, on annonce déjà : “édition spéciale, le récit complet de l’extraordinaire sauvetage à 16h45”.

Complet.

Le mot est lâché.

Alors même que les faits, eux, sont encore en train de se dérouler… ou de se taire.

On se prend presque à regretter les vieilles écoles de journalisme, celles où l’on apprenait à aller chercher l’information, à la vérifier, à la recouper, à douter avant de raconter.

Aujourd’hui, on a changé de programme.

Moins enquête, plus cuisine.

Comment faire un plat présentable avec trois ingrédients incertains.

Et surtout : comment le servir assez vite pour qu’il ne puisse pas être contredit… tout de suite.

Pour le reste, on verra plus tard.

Et pour garantir la recette, on convoque des experts.

Des experts de tout — surtout de ce qu’ils ne savent pas encore.

Leur talent n’est pas tant d’avoir raison que de pouvoir expliquer, demain, pourquoi ils avaient tort aujourd’hui.

Finalement, l’expert moderne n’est plus celui qui sait.

C’est celui qui commente le mieux ce qu’il ignore.

D’ailleurs, si les experts financiers étaient réellement experts, ils seraient tous milliardaires! 

Et dans cette grande cuisine de l’instant, chacun apporte sa sauce.

L’information, elle, attendra un peu l’important n’étant pas de persuader que l’on est les meilleurs  ? 



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