Jean-Marie Rouart. Serge Picard pour le Figaro Magazine
Autre grand entretien qui figure au sommaire de ce numéro : l’interview, réalisée par Alexandre Devecchio, de Jean-Marie Rouart, auteur d’un curieux livre, mi-pamphlet mi-pièce de théâtre, intitulé Drôle de justice (Albin Michel), dans lequel l’académicien s’en prend aux magistrats du siège. Sa charge est féroce et elle porte des coups puissants et précis à cette corporation qui, dans de nombreux cas, fait primer l’idéologie sur la justice – raison pour laquelle les enquêtes d’opinion montrent avec une infaillible régularité que les Français ne font plus confiance à l’institution judiciaire. Une justice à laquelle on a longtemps pu faire le reproche de protéger systématiquement la société au détriment de l’individu – et qui paraît aujourd’hui vouloir défaire cette société en accordant sans cesse aux individus de nouveaux droits baroques et échevelés.
« Le principal reproche que je ferais à certains juges d’aujourd’hui, c’est de se croire infaillibles, dit l’auteur de Omar : la Construction d’un coupable, livre fameux sur l’affaire Omar Raddad. Ce sentiment de toute-puissance émane de ce que personne ne juge les juges. Ce qui est malsain. Et quand ils se jugent entre eux, ils se montrent particulièrement accommodants. On aimerait être jugé avec l’indulgence qu’ils se manifestent entre eux. Tout contribue pour qu’ils s’érigent en caste et se croient détenteurs d’une vérité, que personne n’est en mesure de leur contester. » Imparable. Question : quelle est aujourd’hui la légitimité des juges qui, à la différence des politiques, ne sont pas élus ? Réponse : être passé par l’École nationale de la Magistrature, où prospèrent les idées du Syndicat de la Magistrature, rendu tristement célèbre par son « mur des cons ».