Les oubliés de « la Bataille de Gaulle »
Les oubliés de « la Bataille de Gaulle »
Alors que les deux films sur le général de Gaulle cartonnent au cinéma, avec, en héros, des hommes comme Leclerc ou Koenig, je vous propose cette photo de l’équipage du sous-marin Rubis, avec, au premier rang, au milieu, le lieutenant de vaisseau Georges Cabanier, commandant du submersible. Nous sommes en juin 1940, sur la base de Dundee, en Écosse, et la quasi-totalité de l’équipage du Rubis a rejoint la France Libre. À l’issue de la guerre, le Rubis affichait le plus fort palmarès des Forces navales françaises libres : 22 navires ennemis coulés. Il est surtout le seul sous-marin « compagnon de la Libération », sur décision du général de Gaulle en 1941, en plus d’avoir reçu la Croix de guerre et la Médaille militaire. Aujourd’hui encore, la Marine nationale continue à faire vivre la légende du Rubis, comme celle du Casabianca, forceur du blocus de Toulon et héros de la libération de la Corse : les deux prochains sous-marins d’attaque français porteront ces noms historiques. Mais l’hommage le plus émouvant eut lieu en 1958, bien après le désarmement du Rubis en 1949. Le submersible n’est pas déconstruit mais coulé au large du Cap Camarat, un compagnon de la Libération ne pouvant finir sous les chalumeaux des ferrailleurs. Un traitement de faveur obtenu par Georges Cabanier, le lieutenant de vaisseau de 1940 devenu vice-amiral en 1957 (avant de terminer sa carrière amiral, chef d’état-major de la Marine). À son décès, en 1976, ses cendres, comme celles du vice-amiral d’escadre Rousselot, son second de 1940, et du dernier membre décédé de l’équipage du temps de guerre, Gaston Sanz, ont été dispersées au-dessus de la position du Rubis. À défaut d’un film, cela valait bien une chronique, cinquante ans après.