AMGOT
l’Allied Military Government of Occupied Territories (AMGOT)
Olivier Wieviorka : «En 1944, les Américains n’avaient aucune intention d’imposer un gouvernement militaire à la France»

Les Américains ont-ils projeté, en 1944, de placer la France sous un gouvernement militaire allié ? C’est sur ce mythe qu’est fondé le second volet de La Bataille De Gaulle.
J’écris ton nom, le second volet de La Bataille De Gaulle, la saga consacrée par Antonin Baudry à l’action du général De Gaulle pendant la Seconde Guerre mondiale, se déroule entre 1943 et 1944. Le film se polarise sur l’opposition du général De Gaulle aux projets des États-Unis pour la France : singulièrement sur la mise en place d’une administration américaine sur le territoire national (l’AMGOT), et sur le projet d’amputation du nord-est du pays (la rive droite de la Seine) au profit d’une grande Wallonie incluant Belgique, Luxembourg, Alsace, Lorraine, Champagne, Ardennes, Picardie et Flandre française. Professeur des universités à l’École normale supérieure de Paris-Saclay, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale (Histoire totale de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 2023, Histoire de la Résistance, Perrin, 2013, Histoire du débarquement en Normandie, Seuil, 2007), Olivier Wieviorka fait le point pour Le Figaro Histoire sur la question disputée de l’AMGOT.
Certains mythes ont la vie dure et l’AMGOT n’échappe pas à cette loi d’airain.
Résumons : en 1944, les Américains auraient projeté de placer la France sous un gouvernement militaire, l’Allied Military Government of Occupied Territories (AMGOT), afin de l’administrer par le truchement de gouverneurs dûment formés dans leur école de Charlottesville, en Virginie.
Washington ne se serait pas arrêté en si bon chemin. Franklin Roosevelt aurait froidement envisagé de dépecer l’Hexagone, en en confiant des portions tantôt au Luxembourg, grossi du Nord et de l’Alsace-Lorraine, tantôt à un nouvel État, Wallonia, composé du Grand-Duché, de la Wallonie belge, de l’Alsace-Lorraine et de la rive droite de la Seine. Et pour charger une barque déjà pleine, les Anglo-Américains avaient préparé des « francs d’invasion » dont ils entendaient inonder la France afin de régler leurs dépenses. Autant de griefs envers l’Amérique dénoncés à l’envi, le général De Gaulle en tête. Le premier des Français déclara ainsi à Alain Peyrefitte en 1963 puis en 1964 qu’il refusait de se rendre sur les plages de Normandie pour célébrer le 20e anniversaire du Débarquement parce que les Américains « avaient préparé leur AMGOT, qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l’avancée de leurs armées ».
Le journaliste Éric Branca renchérit, dans L’Ami américain, en affirmant que Roosevelt ne voulait pas « traiter la France autrement que comme l’Allemagne ou l’Italie ».
Le réalisateur Antonin Baudry, enfin, évoque dans J’écris ton nom, le second volet du diptyque qu’il consacre à l’homme du 18 Juin, ces trois turpitudes américaines. Autant d’accusations qui invitent à rouvrir ce dossier brûlant.