LFI – Anatomie d’une perversion,
sous la direction de P.-A. Taguieff et D. Reinharc,
Reinharc Éditions, 416 p., 22,90 €
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Les dérives de Jean-Luc Mélenchon ne cessent d’alimenter polémiques et commentaires auxquels le meurtre de Quentin Deranque, le 12 février dernier dans le centre-ville de Lyon, a donné une gravité funeste.
Elles ont inspiré tout un livre, LFI, Anatomie d’une perversion, où une cinquantaine d’auteurs d’horizons multiples (Florence Bergeaud-Blackler, Lara Fatimi, Samuel Fitoussi, Myriam Illouz, Dominique Schnapper…), livrent leur analyse d’un phénomène politique, qui a bâti son action sur « le bruit et la fureur ». Et sur un chef, presqu’un gourou, autoritaire et impitoyable envers tout contestataire, coupant sans trembler les têtes qui dépassent.
À la veille d’échéances électorales majeures, où le match semble parti pour se jouer aux extrêmes, LFI alourdit encore sa stratégie clientéliste, aux ressorts racialistes et antisémites désormais ouvertement exprimés. À la tribune, « Méluche » est en roue libre et, ivre de lui-même, ne recule devant aucune provocation, propulsant à l’extrême gauche les tropismes anti-juifs.
« « Méluche » est en roue libre et, ivre de lui-même, ne recule devant aucune provocation, propulsant à l’extrême gauche les tropismes anti-juifs. »
La véritable nouvelle menace fasciste surgit du champ des gauches radicales, décrypte Pierre-André Taguieff, qui a dirigé cet ouvrage. « Pourquoi ne pas penser que le fascisme peut renaître, d’une façon imprévue, sous la forme de mouvements révolutionnaires d’extrême gauche, conduits et incarnés par des démagogues « antisystème » qui ont passé des alliances avec des mouvances islamistes engagées dans le combat antijuif ? », interroge le politologue.
Principal artisan de la brutalisation du débat politique, LFI adopte un comportement relevant, selon lui, « d’un fascisme symbolique, indirect et masqué, et bien sûr non assumé, qui se manifeste d’abord par le goût des violences verbales, et le plaisir de salir, d’humilier et de diffamer les opposants comme les concurrents ». Alors que les sondages lui prédisent pour le moment un score à la présidentielle de 2027 inférieur de moitié à celui de 2022, Pierre-André Taguieff voue « l’effet Mélenchon à l’usure. Et donc à l’oubli. Les poubelles de l’Histoire débordent de démagogues ».
Un grand entretien mené par la philosophe Bérénice Levet avec Alain Finkielkraut, épilogue de cet ouvrage polyphonique, est émaillé de formules choc illustrant l’impact des radicalités nauséabondes. « Pour la première fois de ma vie, j’ai peur, physiquement peur, d’un parti politique. Dans la nouvelle France que Jean-Luc Mélenchon appelle de ses vœux, je n’ai ma place ni comme Français, ni comme juif », lâche sans fard le philosophe.
« Pierre-André Taguieff voue « l’effet Mélenchon à l’usure. Et donc à l’oubli. Les poubelles de l’Histoire débordent de démagogues ». »
En écho au titre du livre, la psychanalyste Myriam Illouz démontre point par point pourquoi, selon elle, le cas de la France Insoumise incarne une perversion politique.
Elle appuie sa conclusion sur la centralisation extrême et la personnalisation du pouvoir, la déformation du réel, la violence verbale, l’inversion victimaire et la mobilisation numérique. Tous ces traits sont en psychanalyse constitutifs du concept de perversion et, parce qu’on les identifie au sein même de la genèse et du fonctionnement de LFI, ce parti « apparaît moins comme une force de transformation démocratique que comme un dispositif de fermeture idéologique ».
Outre les accointances islamistes, l’itinéraire du chef « tout-puissant » et l’antisémitisme, l’un des chapitres pose une question cruciale « LFI de gauche, vraiment ? ». S’en suit le récit d’un cortège de trahisons – une « grande braderie des principes » comme l’intitule Abnousse Shalmani – mettant cruellement en évidence les virages idéologiques en épingle de Jean-Luc Mélenchon sur la laïcité, la liberté, l’émancipation féminine…
Ancien adjoint à la mairie PS d’Avignon (2014-2020), Amine El Khatmi dit aujourd’hui se sentir « orphelin politique ». « Comme des milliers, des millions de Français sans doute, je cherche une gauche qui serait fidèle à ses principes fondateurs », déplore l’essayiste.
« L’ouvrage éclaire le parcours opportuniste de son chef de file, dont la stratégie s’ancre moins dans un corpus doctrinal que dans le récit de sa propre destinée. »
Dans le tohu-bohu du débat politique, où invectives et petites phrases tiennent souvent lieu d’arguments, LFI, Anatomie d’une perversion apporte, grâce à la diversité des regards qu’il rassemble, une vision globale des ressorts idéologiques inquiétants de cette formation qui domine aujourd’hui la gauche.
L’ouvrage éclaire également le parcours opportuniste de son chef de file, dont la stratégie s’ancre moins dans un corpus doctrinal que dans le récit de sa propre destinée. À quelques encâblures des élections municipales, la mise à nu de la nature profonde de LFI relève en outre d’une hygiène intellectuelle indispensable.
Elle est tout aussi valable à l’autre bout de l’échiquier où perce la tentation de se refaire une virginité sur les outrances des sphères mélenchonnistes.
LFI – Anatomie d’une perversion,
sous la direction de P.-A. Taguieff et D. Reinharc,
Reinharc Éditions, 416 p., 22,90 €
© LFI – Anatomie d’une perversion
