« MAY DAY! MAY DAY! ICI CTM ONE… »





Quelque part au-dessus de la mer des Caraïbes, un gros porteur institutionnel vient de faire clignoter tous ses voyants rouges. À bord : la CTM. Destination : on ne sait plus très bien. Altitude financière : en chute libre. Et dans le cockpit, pendant que l’alarme hurle « DETTE ! DETTE ! DETTE ! », quelqu’un cherche encore le bouton « communication ».


May Day! May Day! Nou ka désann!


La Chambre Régionale des Comptes vient de déposer sur la table un rapport qui a la délicatesse d’un parpaing lancé dans une véranda. Entre 2021 et 2024, les produits de gestion progressent en moyenne de 1,2% par an. Les charges, elles, cavalent à 2,1%. L’autofinancement se ratatine et la dette s’approche dangereusement du milliard. La CRC parle d’une situation financière « en nette dégradation ».


Traduction pour nous autres – bann tèbè, malmouton – qui n’avons pas fait Sciences Po option « enfumage budgétaire » : plus ça rentre, plus ça sort encore plus vite. Voilà. Pas besoin de PowerPoint à 48 diapositives.


Et c’est ici que l’histoire devient savoureuse. En 2019, l’épargne brute atteignait environ 108 millions d’euros, l’épargne nette 64 millions et la capacité de désendettement tournait autour de 6,2 ans. En 2024, l’épargne nette devient négative et la capacité de désendettement grimpe fortement.


Autrement dit : autrefois, la bête respirait. Chaben 1er s’en occupait. Aujourd’hui, elle cherche la Ventoline dans le tiroir des emprunts.


Mais attention. Je vois déjà arriver, galopant dans la savane médiatique, le magnifique troupeau des Éléments de Langage. Le premier : « Nous avons hérité d’une situation extrêmement difficile. » Le deuxième : « Il faut replacer les chiffres dans leur contexte. » Le troisième, espèce particulièrement robuste sous nos latitudes : « La situation résulte des décisions prises antérieurement. » Et mon préféré, capable de survivre à toutes les alternances politiques depuis l’invention du boulier : « Nous assumons pleinement notre responsabilité tout en rappelant que nous ne sommes pas responsables. »


Mesdames, messieurs : le quadrige administratif de l’Apocalypse.


Car lorsqu’une maison politique brûle, personne n’a jamais acheté les allumettes. Le feu ? Sé lé zòt. La fumée ? Sé lé zòt. Le canapé carbonisé ? Ankò lé zòt. Et le type au milieu des cendres avec le briquet dans la poche ? Il demande la création d’une commission afin « d’objectiver les responsabilités ».


Pendant ce temps, les chiffres, ces petits salopards dépourvus de carte de parti, continuent leur travail. Selon les données consolidées publiées pour 2025, l’encours atteint 1,0445 milliard d’euros, contre 669,6 millions en 2019. L’épargne brute serait passée de 108,4 à 38,4 millions, tandis que l’épargne nette tomberait de +64,2 à –42,5 millions. La capacité de désendettement correspondante atteindrait 27,2 ans.


Vingt-sept ans.


À ce stade, ce n’est plus une capacité de désendettement. C’est un crédit immobilier avec vue sur la tombe.


Soyons sérieux deux minutes entre deux éclats de rire nerveux : s’endetter n’est pas, en soi, un péché budgétaire. Une collectivité emprunte pour investir. Routes, bâtiments, équipements, aides aux communes : tout cela coûte de l’argent. Le problème commence quand la machine produit de moins en moins d’épargne pour supporter une dette de plus en plus lourde.


Et là, le milliard cesse d’être seulement un gros chiffre destiné à faire trembler les mamies devant le journal télévisé. Il devient le décor d’un problème beaucoup plus méchant : la marge de manœuvre disparaît.


Voilà pourquoi le prochain épisode mérite popcorn, chaise pliante et casque de chantier. La question est désormais simple : comment expliquer cette trajectoire ?


Pas avec des incantations. Pas avec « l’héritage ». Pas avec « le contexte international ». Pas avec Mercure rétrograde. Ni avec la guerre en Ukraine, le Covid, le prix du fret, Christophe Colomb, Napoléon, la départementalisation et, tant qu’on y est, l’éruption de 1902.


Avec des chiffres : dépenses, recettes, épargne, emprunts, investissements, délais de paiement. Et décisions prises.


Parce qu’à force de transformer chaque bilan en séance de spiritisme où l’on convoque les fantômes des mandatures précédentes, il faudra peut-être finir par appeler non plus la Chambre régionale des comptes mais... Ghostbusters.


La présentation du rapport devant l’Assemblée de Martinique est annoncée pour les 24 et 25 septembre. L’exécutif devra notamment répondre sur le redressement financier, la dette et la poursuite des investissements.


J’attends donc avec une gourmandise parfaitement malsaine les éléments de langage. Le PowerPoint. Les graphiques. Les flèches. Les « trajectoires pluriannuelles ». Les « effets de périmètre ». Les « engagements antérieurs ». Et, quelque part entre la diapo 37 et le café corsé : « Sé pa nou. »


Don Sergio est entouré. Très entouré. Bidjoul & co et autres thuriféraires patentés. 


Reste à savoir si, dans le cockpit, quelqu’un sait encore où se trouve le manche. Parce que dehors, le milliard est là. Et l’altimètre, lui, n’a aucune sensibilité politique.


MAY DAY! MAY DAY!


Ici CTM One. Nous avons perdu de l’autofinancement. Je répète : nous avons perdu de l’autofinancement.


Et si quelqu’un trouve encore un milliard sous un siège, merci de le rapporter au commandant de bord.


#Martinique #CTM


(Sources : Antilla, France-Antilles)

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