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 12 septembre 2001. A la une de Libé, pas un mot, pas de titre. Juste une date, discrète, « 11 septembre 2001 », qui s'inscrit dans la fumée d'une tour qui s'effondre. Et une photo qui occupe toute la une mais qui se déploie également sur la dernière page.


A l'image d'un événement qui se passe de mots et d'une date qui, on le pressent déjà, se suffira à elle-même. A l'image d'un événement plus grand et plus invraisemblable que tout ce qu'on aurait pu imaginer.

Ce jour-là, la rédaction de Libé a regardé la deuxième tour être percutée en direct, puis les deux s'effondrer. Elle a écrit et réécrit mille fois, en état de sidération, un journal qui tentait de rendre compte de ce monde qui s'écroulait en direct, avec le sentiment que les limites du possible venaient d'être déplacées.

Si 25 ans plus tard, cette une est toujours aussi forte, c'est sans doute parce que, comme nous tous devant notre télé cet après-midi-là, elle a fait le pari du silence plutôt que de chercher les mots pour le dire.

Des mots, il y en a eu malgré tout, quand il a fallu comprendre, expliquer. Ceux de Serge July dans son éditorial du 13 septembre par exemple, qui prédit l'avènement d'un « nouveau désordre mondial » en train de se substituer au « nouvel ordre mondial » né de l'effondrement de l'Union soviétique. Le fondateur de «Libé» écrit dans le brouillard, redoute une dizaine de milliers de morts quand le bilan s'établira à 2977 victimes. Mais sur le fond, son analyse à chaud frappe par sa pertinence. Face au terrorisme, écrit-il, la meilleure défense n'est pas la guerre mais la justice. Il y aura pourtant l'Irak, l'Afghanistan, Guantánamo et tant d'autres événements qui en 25 ans démontreront malheureusement qu'il avait vu juste. « Le pire n'a pas eu lieu, il est encore à venir », écrivait-il. On pourrait sans doute réécrire les mêmes mots aujourd'hui.

Vingt-cinq ans plus tard, le « nouveau désordre mondial » a pris d'autres formes et ne cesse de se renouveler, nous laissant face à un monde où la confrontation et le conflit sont permanents sur des terrains toujours plus multiples et toujours plus mouvants. C'est pour cela que nous rouvrons nos archives et vous offrons notre numéro du 12 septembre 2001.

Vous retrouverez également dans nos colonnes et sur le site de Libération, un retour sur l'impossible justice dont Guantánamo est l'incarnation, un reportage sur le paradoxe new-yorkais, ville aujourd'hui dirigée par Zohran Mamdani, mais aussi une grande tribune de l'écrivain Colum McCann.

2001, année zéro. 

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