Nous sommes le 22 août 2026, soit très exactement soixante-quatre ans après la tentative d’assassinat visant le président de la République, Charles de Gaulle, restée dans l’histoire comme l’« attentat du Petit-Clamart ». C’est loin d’être la première : rien que pendant le début de sa présidence, sur fond de guerre d’Algérie, « le Monde » recense alors six menaces sérieuses, dont la plus visible, en septembre 1961, avait vu un engin exploser au passage de la DS présidentielle. Depuis que De Gaulle s’est engagé dans la voie de la décolonisation, l’OAS, organisation armée secrète, multiplie les attentats en métropole et en Algérie, au nom de l’Algérie française, visant des combattants du FLN mais aussi des élus – le maire d’Evian est assassiné en mars 1961 – ou des fonctionnaires, notamment des policiers.
Le 22 août 1962, De Gaulle quitte l’Elysée en fin de journée avec sa femme Yvonne et son gendre Alain de Boissieu, pour se rendre à l’aérodrome de Villacoublay, au sud-ouest de Paris, et, de là, à Colombey-les-Deux-Eglises. Ils sont à bord d’une Citroën DS banalisée conduite par son chauffeur attitré, le gendarme et ancien résistant Francis Marroux. A l’approche du rond-point du Petit Clamart, un commando d’une douzaine d’hommes, dissimulés dans des voitures de part et d’autre de la route, ouvre le feu sur le cortège présidentiel. Une fusillade nourrie : 187 balles sont tirées, crevant les pneus avant du véhicule et faisant éclater les vitres de la voiture. Le chauffeur accélère et parvient à échapper au commando et à rallier la base aérienne. Personne n’a été touché dans la DS mais « cette fois, c’était tangent », lâchera De Gaulle. Les magasins des alentours ont subi des dégâts mais on ne comptera qu’un seul blessé, léger, le conducteur d’un véhicule qui passait par là. La plupart des membres du commando sont arrêtés dans les jours qui viennent, dont le chef de « l’opération Charlotte Corday », le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, qui sera condamné à mort et fusillé en mars 1963. Jean-Marie Le Pen révélera des années plus tard qu’il avait tenté d’organiser son évasion par hélicoptère peu avant son exécution, opération annulée in extremis.
Dans les jours qui suivent l’attentat, Charles de Gaulle décide d’accélérer l’organisation de sa succession à la tête de l’Etat et lance la réforme du mode de scrutin présidentiel, qui, en 1958, n’avait concerné que 82 000 grands électeurs : « Quand sera terminé mon propre septennat, ou si la mort ou la maladie l’interrompait avant le terme, le président de la République sera dorénavant élu au suffrage universel », annonce-t-il dans une allocution le 20 septembre. Craignant une présidentialisation accrue du régime, tous les partis s’y opposent – sauf les gaullistes – et font tomber le gouvernement Pompidou. Ce qui n’empêchera pas la réforme d’être adoptée par référendum le 28 octobre 1962 et de Gaulle d’être réélu trois ans après. Depuis, ce nouveau rite républicain a prospéré : dans quelques mois, nous connaîtrons ainsi la douzième élection présidentielle au suffrage universel direct depuis 1965. Ils sont près d’une trentaine à envisager d’y concourir.
Charles de Gaulle a fait parler de lui cet été à la faveur du succès en salle du diptyque d’Antonin Baudry