Nous sommes le 15 août 2026 soit très exactement mille deux cent quarante-huit ans après la bataille de Roncevaux, qui vit l’arrière-garde de l’armée franque détruite en franchissant les Pyrénées. Un épisode historique pas si crucial militairement mais qui est devenu au fil des siècles un récit légendaire largement réinventé.
Nous sommes en 778 et Charles, roi des Francs, n’est pas encore Charlemagne. Depuis dix ans qu’il règne, il a entrepris d’agrandir son royaume, aussi bien vers l’est que le nord de l’Italie ou l’Aquitaine. Aussi, quand Souleiman, un gouverneur musulman de Barcelone, en rébellion contre l’émirat de Cordoue, vient lui proposer une alliance, en lui promettant la ville de Saragosse, Charles y voit un bon moyen de sécuriser la frontière sud, au-delà des Pyrénées. Mais l’allié s’avère peu fiable, la ville résiste, et les Francs lèvent finalement le siège. Sur la route du retour, ils pillent la cité de Pampelune et détruisent ses fortifications. C’est probablement en représailles, et pour récupérer le butin, que les Vascons qui peuplent la région, connaissent le terrain et ont une dent contre les Francs depuis Pépin le Bref, les attaquent vers le col de Roncevaux : ces lointains ancêtres des Basques anéantissent l’arrière-garde de l’armée, tuant au passage plusieurs nobles francs, dont un certain Roland. Charles ne s’aventurera plus de ce côté des Pyrénées, ce qui ne l’empêchera pas d’étendre son territoire, devenu empire en 800, sur une bonne partie de l’Europe. Voilà pour ce qu’on sait, dans les grandes lignes, de l’histoire.
La légende, elle, s’écrit trois siècles plus tard, à travers la « Chanson de Roland », poème épique de la fin du XIe siècle à l’auteur incertain. On est alors en pleine période de croisades et l’épisode devient un symbole politique de la lutte entre chrétiens et musulmans. Le personnage de Roland – avec son cor et son épée légendaire Durandal – prend une place centrale dans le récit, menant une défense héroïque face aux « Sarrasins » qui, dans cette version, ont remplacé les Vascons. On invente au passage le personnage de Ganelon, le félon, qui aurait trahi Roland au profit d’une paix avec les musulmans. Reprise dans des poèmes ou des opéras, cette version héroïsée finit par s’imprimer dans la mémoire collective aussi bien que dans la topographie pyrénéenne du « Pas de Roland », près d’Itxassou, à la « Brèche de Roland » à Gavarnie. Mais des deux côtés des Pyrénées, aujourd’hui, on sait bien qui a vraiment défait l’armée de Charlemagne à Roncevaux…
Quant au col de Roncevaux (1 057 mètres), il est devenu une étape importante du chemin de Compostelle, itinéraire où on a aujourd’hui plus de chances de rencontrer l’amour que le traître Ganelon...