25 juin 1940

 🇲🇫 25 juin 1940, puissante et émouvante allocution du Général de Gaulle qui répond au maréchal Pétain après l'entrée en vigueur de l'armistice, le même jour : 


« Monsieur le maréchal, par les ondes, au-dessus de la mer, c'est un soldat français qui va vous parler. 


Hier, j'ai entendu votre voix que je connais bien. Et non sans émotion, j'ai écouté ce que vous disiez aux Français pour justifier ce que vous avez fait. 


Vous avez d'abord dépeint l'infériorité militaire qui a causé notre défaite. 


Puis, vous avez dit qu'en présence d'une situation désespérée, vous avez pris le pouvoir pour obtenir des ennemis un armistice honorable. 


Vous avez, ensuite, déclaré que devant les conditions posées par l'ennemi, il n'y avait pas d'autre alternative que de les accepter en restant à Bordeaux ou de les refuser et passer dans l'empire pour y poursuivre la guerre. Vous avez cru devoir rester à Bordeaux. 


Enfin, vous avez reconnu que le sort du peuple français allait être très cruel. Mais vous avez convié ce peuple à se relever malgré tout par le travail et la discipline. 


Monsieur le maréchal, dans ces heures de honte et de colère pour la patrie, il faut qu'une voix vous réponde. Ce soir, cette voix sera la mienne. 


En effet, notre infériorité militaire s'est révélée. Mais cette infériorité, à quoi tenait-elle ? 


Elle tenait à un système militaire mauvais. La France a été foudroyée non point du tout par le nombre des effectifs des Allemands, non point du tout par leur courage supérieur, mais uniquement par la force mécanique offensive et manoeuvrière de l'ennemi. Cela, tous les combattants le savent. 


Si la France n'avait pas cette force mécanique, si elle s'était donné une armée défensive, une armée de position, à qui la faute, monsieur le maréchal ? 


Vous, qui avez présidé à notre organisation militaire après la Guerre de 14-18, vous, qui fûtes généralissime jusqu'en 1932, vous, qui fûtes ministre de la guerre en 1935, vous, qui étiez la plus haute personnalité militaire de notre pays,avez-vous jamais soutenu, demandé, exigé la réforme indispensable de ce système mauvais ?


Cependant, vous appuyant sur les glorieux services que vous aviez rendus pendant l'autre guerre, vous avez revendiqué la responsabilité de demander l'armistice à l'ennemi. 


On vous avait fait croire, monsieur le maréchal, que cet armistice demandé à des soldats par le grand soldat que vous êtes serait honorable pour la France. Je pense que, maintenant, vous êtes fixé.


Cet armistice est déshonorant. Les deux tiers du territoire livrés à l'occupation de l'ennemi. Et de quels ennemis ! Notre armée tout entière démobilisée. 


Et c'est du même ton, monsieur le maréchal, que vous conviez la France livrée, la France liée, la France asservie à reprendre son labeur, à se refaire, à se relever.  Mais dans quelle atmosphère ? Par quels moyens ? Au nom de quoi voulez-vous qu'elle se relève sous la botte allemande et l'escarpin italien ? 


Oui, la France se relèvera. 

Elle se relèvera dans la liberté. 

Elle se relèvera dans la victoire. »

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