jeudi 11 août 2022

CLIMAT PARTI PRIS

 

Face au chaos climatique, le séparatisme des riches

Alors que des milliers de Français sont évacués à cause des incendies, que d’autres sont privés d’eau potable voire meurent au travail à cause de la chaleur, les ultrariches se déplacent en jet privé, bénéficient de dérogations pour pouvoir jouer au golf et accumulent les profits grâce aux énergies fossiles. Un sécessionnisme des riches que le gouvernement acte en perpétuant le statu quo climatique.

Mickaël Correia

11 août 2022 à 19h14

C’est une petite commune des Vosges qui, en ce début de mois d’août, incarne notre temps. À cause de la sécheresse hors normes qui s’est abattue sur la France, Gérardmer a été privée d’eau potable. Le temps de pallier le problème en puisant dans le lac voisin, les habitant·es de cette station touristique et de quatre bourgades limitrophes ont eu pour consigne, pendant quarante-huit heures, de ne pas boire l’eau sans la faire bouillir au préalable.

En réaction à la pénurie d’eau, au cours d’une nuit de la fin juillet, les jacuzzis de cinq habitations de Gérardmer ont été éventrés en catimini. Dans leurs bains à remous saccagés, les propriétaires ont découvert un mot sur lequel on pouvait lire : « L’eau, c’est fait pour boire. »

Golfeurs à Rochefort-en-Yvelines, près de Paris, le 5 août 2022. © Photo Alain Jocard / AFP

Gérardmer révèle comment, sous nos yeux,  s’esquisse un nouvel ordre climatique profondément clivé.

D’une part, un monde où, comme le signalait l’an dernier le Haut Conseil pour le climat, « les deux tiers de la population française sont déjà fortement ou très fortement exposés au risque climatique ».

À l’heure actuelle, l’ensemble des départements de la France métropolitaine font l’objet de restrictions en eau. Et une centaine de communes n’ont plus aucun accès à l’eau potable, après un mois de juillet le plus sec jamais enregistré.

En Gironde, plus de 35 000 personnes ont dues êtres évacuées en juillet pour échapper aux megafeux qui ont dévoré une superficie de forêt proche de deux fois celle de Paris. Cette semaine, 10 000 personnes de ce même territoire étaient déplacées pour fuir les flammes.

Enfin, rien que durant la seconde vague de chaleur du 12 au 25 juillet, au moins quatre personnes sont mortes en France à leur travail, « en lien possible avec la chaleur » et « durant une vigilance canicule orange ou rouge »selon l’agence Santé publique France.

Mais d’autre part, face au désastre climatique, un autre monde a déjà fait sécession. Celui qui sait qu’il possède les conditions matérielles pour échapper au chaos climatique. Celui du 1 % de la population les plus riches qui ont une empreinte carbone huit fois supérieure à la moitié la plus pauvre des Français. Celui qui souffle sciemment sur les braises pour attiser le réchauffement planétaire.

Alors que la pénurie d’eau fait rage en France, que des jardins potagers sont interdits d’arrosage et que des maraîchers et maraîchères sont restreint·es en eau, les terrains de golf ont fait l’objet d’une dérogation spécifique pour utiliser 30 % de leur consommation habituelle d’eau.

Fin juillet, pour marquer la fin des premiers incendies en Gironde, des centaines de bateaux de plaisance aux moteurs rutilants se sont rassemblés et ont longuement tourné en cercle au large de la dune du Pilat. En somme, pour fêter l’extinction des mégafeux liés au changement climatique, les plus riches de la région ont choisi, comme « geste de solidarité », de brûler du pétrole.

Pis, dans cet été aux airs d’apocalypse, les milliardaires Martin Bouygues, Bernard Arnault ou François-Henri Pinault ont effectué en jet privé des sauts de puce entre Paris, la Côte d’Azur ou les côtes italiennes, survolant les incendies. Allégorie d’une classe hors sol qui a décollé de la réalité climatique et hypothèque notre futur.

Rien que durant la journée du 8 août, et alors que les feux de Gironde reprenaient, le jet du milliardaire Vincent Bolloré a émis autant de CO2 qu’un·e Français·e moyen·ne en deux ans.

Les deux jets privés de la compagnie pétrolière Total auraient, pour le seul mois de juillet, rejeté l'équivalent de soixante-six ans d’empreinte carbone d’une personne désireuse de préserver le climat.

Dernier exemple du séparatisme climaticide de cette élite : alors que Total prévoit d’ici 2025 des projets pétro-gaziers qui représentent 18 centrales à charbon, Patrick Pouyanné, le patron de la firme tricolore, a augmenté son salaire de 52 %. Et l’entreprise fossile a annoncé, pour la plus grande joie de ses actionnaires, près de 18 milliards d’euros de profits sur le seul premier semestre 2022.

 

Vivian Maier, féministe intersectionnelle avant l’heure ?

Yasmine Youssi




LA DAME AU ROLLEIFLEX  

Dès les années 1950, la photographe met en valeur les femmes qu’elle croise, mais aussi les Afro-Américains et, plus tard, les Amérindiens. Son militantisme, et ses combats très modernes, se déploie également dans sa vie.


Six mois rien qu’à elle. À parcourir la planète, d’Asie en Europe, en passant par l’Afrique. Avec des escales aux Philippines, au Yémen, en Inde, en Égypte et l’Italie pour destination finale. En cette année 1959, moins de 1 % de la population mondiale voyage d’un pays à un autre pour le plaisir. Qu’importe, Vivian Maier a décidé de s’offrir un tour du monde en paquebot, au départ de Los Angeles. Elle a demandé un congé sabbatique aux parents des trois garçons Ginsburg, dont elle s’occupe depuis trois ans. À elle l’aventure ! « Si les hommes le font, pourquoi pas les femmes », l’entend-on dire. « Les Ginsburg ont toujours vu en elle une ardente féministe », confie Ann Marks, sa biographe. Les hommes ? Elle a grandi avec l’idée qu’elle ne pouvait pas compter sur eux. Sa grand-mère adorée, Eugénie Jaussaud, avait dû quitter ses Hautes-Alpes natales pour l’Amérique, laissant derrière elle sa fillette de 4 ans – Marie –, conçue avec le garçon de ferme de ses parents qui avait refusé de l’épouser. Lorsque celle-ci put enfin la rejoindre aux États-Unis, elle épousa le père de Vivian, un être abject, alcoolique et violent dont elle se sépara alors que la petite avait 1 an. « Il est fort probable que sa mère lui ait transmis une vision négative, voire une peur des hommes. » Au fil des ans, elle refusera d’ailleurs tout contact physique avec eux...

♨️ AU FEU !


On s’inquiète des incendies s’ils sont visibles de la plage ou s’ils menacent un zoo. On se préoccupe de la sécheresse si elle gêne les cultivateurs de maïs, les patrons de golf ou les kayakistes. Sécheresse dont on peut facilement se prémunir grâce au savoir des sourciers. Quant à la canicule, un climatiseur ou un survol des Alpes en avion vous en soulageront.


 « Le feu s’approche des plages ! » alerte Audrey Crespo-Mara en ouverture du 20 heures, samedi dernier. Catastrophe, « une quinzaine d’incendies se sont déclarés en Bretagne », c’est la panique à TF1. Non parce que le Morbihan est victime d’un phénomène que l’on croyait réservé au sud du pays, mais parce que « certains incendies sont visibles depuis la plage, suscitant l’inquiétude ». Si ces feux pouvaient se cantonner à quelques massifs inaccessibles, l’inquiétude serait moindre. Sur place, un reporter confirme : « Les vacanciers n’en croient pas leurs yeux » ; « ce touriste a vu toute la scène ». Les journalistes sont unanimes : des incendies en Bretagne, passe encore, mais aux abords des plages, c’est inadmissible. « Les restrictions, par endroits, passent mal, poursuit Audrey Crespo-Mara. Certains agriculteurs continuent à arroser leurs champs. » L’occasion de faire connaissance avec ces valeureux résistants à l’arbitraire bureaucratique. Comme au Gué-d’Alleré, en Charente-Maritime. « En théorie, Pascal Ribreau n’a plus le droit d’arroser ses champs. Contrevenir à la loi, c’est risquer deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Il a pourtant choisi d’ignorer l’arrêté préfectoral. » Le Jean Moulin de l’irrigation explique : « Sinon, sur le maïs, c’était 100 % de perte, aucune récolte. ».

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