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 Livres

Pendaisons,

vengeance et spoliations : trois livres pour raconter les cicatrices de la guerre


Cette année, la rentrée littéraire fait une place notable aux romans et récits inspirés ou ancrés dans la Seconde Guerre mondiale. France 24 a sélectionné trois ouvrages qui explorent des aspects méconnus de cette période sombre de notre histoire.

Une rentrée littéraire 2026 placée notamment sous le signe de la Seconde Guerre mondiale.
Une rentrée littéraire 2026 placée sous le signe de la Seconde Guerre mondiale. © Studio graphique France Médias Monde

Alors que 450 nouveaux livres sont attendus dans les rayons, la rentrée littéraire 2026 se distingue par la prévalence du thème de la Seconde Guerre mondiale, au cœur de nombreux ouvrages publiés en ce mois de septembre.

Comme le montre le succès au cinéma du film d'Antonin Baudry consacré au général de Gaulle, cette période suscite toujours autant d'intérêt dans les salles obscures comme chez les libraires. Pour vous aider à faire le tri, France 24 a choisi trois livres consacrés à ce conflit et ses répercussions.

Le coup de cœur : "Les Filles du 9 juin" de Maylis Besserie (Grasset)

Trois jours après le Débarquement en Normandie, le 9 juin 1944, en guise de représailles pour les nombreuses pertes subies dans leurs rangs, des soldats de la division allemande SS "Das Reich" arrêtent tous les hommes valides de la ville de Tulle. Parmi eux, 99 sont pendus aux balcons et aux réverbères de cette ville de Corrèze, tandis que 149 sont déportés le jour suivant. Le lendemain, une compagnie de la même division se met en route en direction d'Oradour-sur-Glane, située à quelques centaines de kilomètres de là. En tout, 643 personnes, dont plus de 200 enfants, sont massacrées par les Waffen SS dans ce bourg tranquille de Haute-Vienne. Ces drames ont marqué les deux villes du centre-ouest de la France, mais la tragédie d'Oradour a occulté celle de Tulle.

Dans son dernier livre "Les Filles du 9 juin" (éd. Grasset), la romancière Maylis Besserie met en lumière avec précision la terrible histoire de ces 99 pendus "pour l'exemple". Dans des pages insoutenables tout en étant délicates, cette productrice à France Culture nous transporte en ce mois de juin 1944 dans ces rues de Corrèze où se jouent une macabre mise en scène visant à terroriser la population. L'un des personnages ne sait plus où poser les yeux "dans ce paysage apocalyptique où les balcons et les branches des tilleuls qu'il voit d'ordinaire chaque jour, lorsqu'il se rend au travail, se trouvent, comme dans un cauchemar, transformés en potences".

L'autrice se concentre sur les victimes de cette barbare répression, mais aussi et surtout sur leurs proches. Les "filles du 9 juin", ce sont Hortense, Louise et Zoé. Une mère, sa fille et sa petite-fille, toutes traversées par la même douleur transmise de génération en génération. Celle de la perte du mari, du père et du grand-père à qui on a passé une corde autour du cou. Chacune à leur manière, ces femmes survivent à l'impensable. Résignée, en colère ou combative, elles nous donnent à voir comment ce drame des pendus de Tulle a traversé les décennies.

"Le 9 juin sert de mémoire aux vivants", résume Maylis Besserie. Pour la romancière, ce massacre n'appartient pas qu'au passé. "L'ombre menaçante" qui a autrefois plongé la France dans l'obscurité est toujours, selon elle, tapie dans un coin. Un rappel nécessaire et passionnant alors que les derniers témoins disparaissent.

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Le plus étonnant : "La Recluse de Saint-Flour" de Grégoire Kauffmann (Flammarion)

Le 24 août 1944, la ville de Saint-Flour, dans le Cantal, est en liesse. Les maquisards sont entrés dans la cité après le départ des forces allemandes. La population s'abandonne à la joie, mais aussi à la violence. Un puissant désir de vengeance s'abat sur une vingtaine de présumés collaborateurs, dont une majorité de femmes.

Parmi elles se trouve Esther Albouy, une employée des postes. Sous les huées et les crachats, sa chevelure tombe. La jeune femme est marquée à jamais. Emprisonnée, puis interdite de séjour dans sa propre ville, elle revient en secret dans la maison familiale et y vit recluse pendant près de 40 ans dans des conditions déplorables jusqu'à ce que le GIGN donne l'assaut en 1983 pour la déloger de son taudis.

Quatre-vingts ans après la Libération, l'historien Grégoire Kauffmann s'est penché sur cette histoire hors norme. Alors que pour la population, Esther Albouy a commis "une faute que nul ne songe à discuter", l'auteur de "La Recluse de Saint-Flour" (éd. Flammarion) essaie de voir 

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Le plus instructif : "Le Fabuleux Piano" de Sonia Devillers (Robert Laffont)

Pour beaucoup, la spoliation d'œuvres d'art par le régime nazi au cours de la Seconde Guerre mondiale se résume au vol de tableaux. Mais rien qu'en France, on estime que près de 8 000 pianos ont aussi été dérobés par les occupants allemands. Dans son dernier livre "Le Fabuleux Piano" (éd. Robert Laffont), la journaliste Sonia Devillers s'est lancée sur les traces de l'un d'entre eux. Un instrument remarquable fabriqué par la marque française Érard et portant le numéro de série 68037.

Ce piano appartenait à la famille Enoch, de célèbres éditeurs de partitions, qui se transmettaient le précieux instrument de père en fils. À travers leur saga familiale, Sonia Devillers dépeint l'histoire d'exilés juifs allemands qui s'intègrent avec brio au milieu artistique français. Mais, peu à peu, la menace pèse, la guerre éclate et le nazisme déferle sur l'Europe. La famille subit de plein fouet les mesures antisémites du régime de Vichy. Dépossédés de leurs entreprises, les Enoch se terrent tandis que les nazis font une razzia dans les immeubles parisiens. Un commando spécial, le "Sonderstab Musik", composé d’éminents musicologues allemands, est chargé de localiser les instruments les plus prestigieux. La "Möbel Aktion" ("l'opération meubles") accélère ensuite le processus avec le pillage systématique des domiciles des familles juives arrêtées.

"À partir de l'année 1942, tous les biens de tous les juifs deviennent confiscables dès l'instant où le logement est déserté. Les Allemands peuvent entrer et se servir. Quand les portes se referment, des scellés frappés d'une croix gammée sont posés. Les murs sont nus et les archives muettes", explique Sonia Devillers. Une fois la famille Enoch conduite à Drancy, le fameux piano disparaît. À la Libération, Jacques, le seul fils survivant, remue ciel et terre pour le retrouver, mais sans succès. "Pourquoi s'accrocher à un piano quand il vous manque un frère ?", s'interroge la journaliste.


Avec finesse et en lien avec son propre passé, celui de sa grand-mère pianiste ayant fui la Roumanie communiste, Sonia Devillers tente de comprendre l'attachement à un simple clavier. "Ces instruments, on ne les possède pas, ce sont eux qui vous possèdent", résume-t-elle. Ces pianos sont le symbole d'une époque révolue et la marque des absents, victimes de la Shoah. En se mettant à la recherche de ces fantômes, l'autrice met à mal l'entreprise de destruction nazie et redonne vie aux disparus.


au-delà des rumeurs. Dans une enquête fascinante et parfois déroutante, il décortique les rouages qui ont mené à ces "rituels de purification collective" qui "traduisent la revanche des hommes et le besoin de restaurer une autorité masculine ébranlée par la débâcle de 1940, l'humiliation de l'Occupation et la honte représentée par les soldats prisonniers dans le territoire du Reich".

Esther Albouy est considérée comme une "mauvaise Française", soupçonnée d'avoir entretenu des relations avec des soldats ennemis et d'avoir dénoncé des collègues. Mais derrière le "poison des soupçons", Grégoire Kauffmann démontre rapidement que sa culpabilité est inexistante. La jeune femme paie pour rien et sombre dans la folie. En faisant le parallèle avec les recluses du Moyen-Âge, l'historien nous offre un récit tout en nuances. Une subtile manière de rappeler ces sordides règlements de compte.








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